Mise en œuvre de la politique des métropoles d'équilibre pour rééquilibrer le territoire face à la domination parisienne.
Le gouvernement Pompidou-3 intensifie la politique d'aménagement du territoire portée par la DATAR (Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale), créée en 1963 par Olivier Guichard. La politique des « métropoles d'équilibre », définie dans le cadre du Vème Plan, identifie huit villes ou groupements de villes devant servir de contrepoids à la concentration parisienne : Lyon-Saint-Étienne-Grenoble, Marseille-Aix, Lille-Roubaix-Tourcoing, Bordeaux, Toulouse, Nantes-Saint-Nazaire, Strasbourg, et Nancy-Metz. Ces métropoles bénéficient d'investissements publics prioritaires en matière d'équipements universitaires, hospitaliers, culturels, de transports et de zones industrielles. En 1966-1967, la DATAR pilote également le développement des villes nouvelles en Île-de-France (schéma directeur de la région parisienne de Paul Delouvrier, 1965), les schémas d'aménagement des aires métropolitaines, et les opérations de déconcentration industrielle (primes à la localisation en province). La création de l'OREAM (Organismes régionaux d'études et d'aménagement d'aires métropolitaines) permet de planifier le développement des grandes agglomérations.
La France des années 1960 est marquée par un déséquilibre territorial criant, dénoncé dès 1947 par Jean-François Gravier dans « Paris et le désert français ». La capitale concentre les pouvoirs économiques, politiques et culturels. L'exode rural massif (la France rurale passe de 30% à 20% de la population entre 1960 et 1970) alimente la croissance anarchique des banlieues parisiennes. La DATAR, instrument d'action directe du Premier ministre, dispose de moyens financiers (FIAT, FDES) et d'une autorité interministérielle pour coordonner la politique d'aménagement.
Reforme
Métropoles d'équilibre
avril 1966
« Rééquilibrer le territoire national et lutter contre la concentration parisienne excessive »
Source : Politique constante du gaullisme depuis 1958, inscrite dans le IVème et le Vème Plan
Écart entre promesse et réalisation
La politique des métropoles d'équilibre est effectivement mise en œuvre mais ses effets restent limités face à la force d'attraction de Paris.
Développement significatif des équipements universitaires et de recherche dans les métropoles régionales (campus de Grenoble, Toulouse, Lyon)
Déconcentration industrielle effective : entre 1955 et 1975, des centaines de milliers d'emplois industriels sont délocalisés de la région parisienne vers la province
La concentration des investissements sur les métropoles d'équilibre a renforcé les inégalités au sein des régions elles-mêmes, entre grandes villes et villes moyennes ou zones rurales
L'approche technocratique de la DATAR, décidant depuis Paris du développement des territoires, a été critiquée comme un nouveau centralisme déguisé en décentralisation
La politique des villes nouvelles en Île-de-France (Cergy-Pontoise, Saint-Quentin-en-Yvelines, Évry, Marne-la-Vallée, Melun-Sénart) a créé des agglomérations entièrement planifiées, modèle urbanistique controversé mais durable
La politique des métropoles d'équilibre a permis de structurer un réseau de grandes villes régionales puissantes (Lyon, Toulouse, Nantes, Bordeaux) qui sont aujourd'hui des métropoles dynamiques et attractives, démontrant la pertinence de cette vision de long terme.
La politique des métropoles a renforcé la « France à deux vitesses » en concentrant les investissements sur quelques grandes villes au détriment des villes moyennes et des espaces ruraux, contribuant à la « diagonale du vide » et au sentiment d'abandon territorial qui s'exprimera dans le mouvement des Gilets jaunes cinquante ans plus tard.
Transfert de compétences d'aménagement aux collectivités territoriales, réduisant le rôle directif de l'État central
Rapports de la DATAR, 1966-1967
L'aménagement du territoire en France, Pierre Merlin, PUF
Vie-publique.fr — Métropoles d'équilibre
Source de verification : Legifrance — Voir le texte officiel
675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources