De Gaulle reconnaît le droit à l'autodétermination du peuple algérien, tournant décisif vers la fin de la guerre d'Algérie malgré l'opposition de l'armée et des pieds-noirs.
Le 16 septembre 1959, dans une allocution télévisée, le général de Gaulle reconnaît pour la première fois le droit des Algériens à l'autodétermination, proposant trois options : la sécession (indépendance), la francisation (intégration complète), ou l'association (autonomie liée à la France). Ce discours marque un tournant historique : porté au pouvoir en mai 1958 par ceux qui voulaient garder l'Algérie française, de Gaulle opère un virage stratégique vers la reconnaissance de la réalité politique algérienne. Le discours provoque un séisme politique : fureur des partisans de l'Algérie française, soulèvement des barricades à Alger en janvier 1960, tensions avec une partie de l'armée qui déboucheront sur le putsch des généraux en avril 1961 et la création de l'OAS.
La guerre d'Algérie dure depuis novembre 1954. Elle a provoqué la chute de la IVe République et le retour de de Gaulle au pouvoir. En 1959, 400 000 soldats français sont engagés. La communauté internationale et l'ONU pressent la France. Le FLN a constitué un gouvernement provisoire en exil. La situation militaire est favorable à la France mais la victoire politique est impossible.
Reforme
Autodétermination de l'Algérie
septembre 1959
Déblocage du processus politique aboutissant aux accords d'Évian (mars 1962) et à la fin de la guerre d'Algérie, conflit ayant coûté des centaines de milliers de vies
Légitimation démocratique par le référendum du 8 janvier 1961 (75 % de oui), isolant politiquement les partisans de l'Algérie française
Libération de ressources militaires considérables : les 400 000 soldats engagés en Algérie sont progressivement rapatriés, permettant la modernisation de l'armée française
Déclenchement d'une crise politico-militaire majeure : putsch des généraux (avril 1961), création de l'OAS et vague d'attentats terroristes en Algérie et en métropole
Rupture de confiance avec la communauté pied-noire qui avait soutenu le retour de de Gaulle au pouvoir, traumatisme collectif durable
Consolidation du pouvoir présidentiel : la crise algérienne renforce l'autorité personnelle de de Gaulle et l'usage du référendum comme instrument de légitimation, transformant la pratique institutionnelle de la Ve République
Redéfinition de l'identité nationale française : la perte de l'Algérie accélère le recentrage de la France sur l'Europe et sa vocation continentale plutôt que coloniale
Le discours d'autodétermination du 16 septembre 1959 est l'un des actes politiques les plus courageux de l'histoire de la Ve République. En reconnaissant le droit des Algériens à choisir leur destin, de Gaulle a fait preuve d'un réalisme stratégique lucide, comprenant que la France ne pouvait gagner une guerre coloniale à l'ère de la décolonisation mondiale. Cette décision, prise contre sa propre base politique et au péril de sa vie, a permis à la France de sortir d'une impasse militaire et diplomatique et de se consacrer à sa modernisation économique et à son rayonnement européen. [Donnees factuelles : Score du oui au référendum du 8 janvier 1961 : 75.26 % des suffrages exprimés ; Libération de ressources militaires considérables : les 400 000 soldats engagés en Algérie sont progressivement rapatriés, permettant la modernisation de l'armée française : 400000 → 0 soldats.]
De Gaulle a orchestré un abandon calculé en trahissant délibérément ceux qui l'avaient rappelé au pouvoir pour sauver l'Algérie française. Le fameux « Je vous ai compris » de juin 1958 était une mystification consciente. La politique d'autodétermination a été conduite dans le double langage et la brutalité, sacrifiant les pieds-noirs et les harkis, abandonnant à la mort des dizaines de milliers de supplétifs musulmans fidèles à la France. Les blessures de cette trahison — car c'en est une aux yeux de ceux qui l'ont vécue — ne sont toujours pas cicatrisées plus de soixante ans après.
Les accords d'Évian et le référendum d'autodétermination concrétisent la politique initiée par le discours de septembre 1959.
Allocution télévisée du général de Gaulle du 16 septembre 1959
Benjamin Stora, Histoire de la guerre d'Algérie 1954-1962
Vie-publique.fr — Autodétermination de l'Algérie
Source de verification : Vie-publique.fr
675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources