Institution interministérielle chargée de rééquilibrer le développement entre Paris et la province.
La création de la DATAR par décret du 14 février 1963 marque une étape décisive dans la politique d'aménagement du territoire en France. Placée directement sous l'autorité du Premier ministre, cette délégation interministérielle a pour mission de corriger les déséquilibres territoriaux dénoncés dès 1947 par Jean-François Gravier dans 'Paris et le désert français'. La DATAR pilote la politique des métropoles d'équilibre (Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Strasbourg, Nancy-Metz), la décentralisation industrielle, et la création de zones d'aménagement prioritaires. Elle coordonne les primes d'aménagement du territoire pour attirer les entreprises en province et planifie les grandes infrastructures (autoroutes, villes nouvelles). Sous la direction d'Olivier Guichard, la DATAR dispose d'un pouvoir d'impulsion considérable et incarne la volonté gaullienne de moderniser l'ensemble du territoire national, pas seulement la capitale.
La France souffre d'une hyper-concentration parisienne dénoncée par le livre de Gravier 'Paris et le désert français' (1947). La croissance des Trente Glorieuses risque d'aggraver ces déséquilibres si elle n'est pas orientée. De Gaulle veut un État capable de diriger l'aménagement du territoire.
Reforme
Création DATAR
février 1963
« De Gaulle a toujours défendu une vision de la France équilibrée sur tout son territoire, refusant le 'désert français'. »
Source : Discours de Bayeux et discours présidentiels
Écart entre promesse et réalisation
La création d'un organisme interministériel dédié va au-delà des promesses initiales en institutionnalisant l'aménagement du territoire.
Développement des métropoles d'équilibre et décentralisation partielle de l'industrie vers la province
Résultats inégaux selon les régions, persistance de la domination parisienne malgré les efforts de rééquilibrage
Création d'une technocratie de l'aménagement parfois déconnectée des réalités locales
La DATAR a constitué un instrument de rééquilibrage territorial sans équivalent en Europe. En créant les métropoles d'équilibre, en orientant les implantations industrielles vers la province et en planifiant les grandes infrastructures (autoroutes, villes nouvelles), elle a évité que la croissance des Trente Glorieuses ne se concentre exclusivement sur Paris. Des villes comme Toulouse (aéronautique), Grenoble (recherche), Rennes (automobile) ou Sophia-Antipolis (technologies) doivent en partie leur développement aux politiques d'aménagement impulsées par la DATAR. L'institution a incarné une vision républicaine de l'égalité territoriale encore revendiquée aujourd'hui.
La politique volontariste de la DATAR a souvent consisté à implanter artificiellement des activités industrielles dans des régions qui n'en avaient ni les compétences ni l'écosystème, créant des cathédrales dans le désert rapidement abandonnées lors des restructurations industrielles des années 1980. La centralisation française n'a pas été résolue : Paris concentre toujours la majorité des emplois qualifiés, des sièges sociaux et du pouvoir de décision. La DATAR a surtout alimenté une technocratie de l'aménagement déconnectée des dynamiques locales, imposant d'en haut des choix que les territoires n'avaient pas les moyens de s'approprier.
La DATAR est transformée en DIACT puis en DATAR (nouvelle formule) avant de devenir le CGET en 2014 puis l'ANCT en 2020
Décret n° 63-112 du 14 février 1963 créant la DATAR
Aménager la France
Source de verification : Legifrance — Voir le texte officiel
675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources