Le SMIC remplace le SMIG, indexé désormais sur la croissance économique et non plus seulement sur les prix.
La loi du 2 janvier 1970 transforme le Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG), créé en 1950, en Salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC). Ce changement fondamental modifie le mécanisme de revalorisation : le SMIG n'était indexé que sur l'inflation, ce qui maintenait les bas salaires à un niveau de subsistance sans les faire bénéficier de la prospérité générale. Le SMIC, en revanche, est indexé à la fois sur l'inflation (clause de sauvegarde automatique dès que l'IPC augmente de 2 %) et sur la moitié de l'augmentation du pouvoir d'achat du salaire horaire moyen ouvrier. Le gouvernement conserve la possibilité de « coups de pouce » discrétionnaires. Cette réforme, emblématique de la Nouvelle Société, vise à réduire les inégalités salariales en faisant participer les travailleurs les plus modestes aux fruits de la croissance. Le SMIC deviendra l'un des instruments majeurs de la politique sociale française, concernant environ 2 millions de salariés en 1970.
Les accords de Grenelle de 1968 avaient relevé massivement le SMIG (+35 %), révélant l'insuffisance du dispositif existant. Les inégalités salariales restent très fortes dans la France des Trente Glorieuses.
Reforme
Création du SMIC
janvier 1970
« Bâtir une « nouvelle société » plus juste, fondée sur la participation et le dialogue social »
Source : Programme de campagne de Pompidou, 1969 ; Discours de la Nouvelle Société, septembre 1969
Écart entre promesse et réalisation
La création du SMIC correspond parfaitement au projet de Nouvelle Société : faire bénéficier les plus modestes de la croissance économique.
Revalorisation significative du salaire minimum : le pouvoir d'achat du SMIC augmente de 4,5 % par an en moyenne entre 1970 et 1974
Réduction de l'éventail des salaires et amélioration des conditions de vie des travailleurs les moins qualifiés
Effet de « trappe à bas salaires » : concentration croissante des salariés au voisinage du SMIC, freinant la progression salariale individuelle
Politisation croissante du SMIC : chaque gouvernement utilise les « coups de pouce » comme signal politique, déconnectant parfois le salaire minimum des réalités économiques
Le passage du SMIG au SMIC constitue l'une des innovations sociales les plus durables de la Ve République. En indexant le salaire minimum sur la croissance économique et non plus seulement sur l'inflation, la loi de 1970 a garanti aux travailleurs les plus modestes une participation effective aux fruits de la prospérité nationale. Le SMIC a réduit structurellement les inégalités salariales, protégé des millions de salariés contre la pauvreté laborieuse et servi de filet de sécurité lors des crises économiques. Plus de cinquante ans après sa création, il reste un pilier du modèle social français, plébiscité par l'opinion publique et défendu par l'ensemble du spectre politique. [Donnees factuelles : Revalorisation significative du salaire minimum : le pouvoir d'achat du SMIC augmente de 4,5 % par an en moyenne entre 1970 et 1974 : 100 → 119 indice base 100 en 1970.]
L'indexation du SMIC sur la croissance crée une rigidité salariale structurelle qui pèse lourdement sur la compétitivité des entreprises françaises, en particulier les PME et les secteurs à forte intensité de main-d'œuvre. En renchérissant le coût du travail peu qualifié, le SMIC contribue au chômage de masse des jeunes et des non-diplômés, phénomène qui distingue la France de ses voisins européens pratiquant des salaires minimums plus modérés. La « trappe à bas salaires » — concentration croissante des salariés autour du SMIC — freine la progression salariale individuelle et décourage la montée en compétences. Les « coups de pouce » politiques déconnectent régulièrement le salaire minimum des réalités productives.
Mitterrand relève le SMIC de 10 % en deux coups de pouce successifs en 1981.
Loi n° 70-7 du 2 janvier 1970 portant réforme du salaire minimum
DARES — Cinquante ans de SMIC
INSEE — Séries longues sur les salaires
Source de verification : Legifrance — Voir le texte officiel
675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources