Trois dévaluations du franc en 18 mois (octobre 1981, juin 1982, mars 1983) face à la fuite des capitaux et au déficit commercial.
Entre octobre 1981 et mars 1983, le franc est dévalué trois fois au sein du Système Monétaire Européen (SME). La première dévaluation (4 octobre 1981) de 3 % par rapport au mark est un réajustement technique lié à la fuite des capitaux suivant l'alternance. La deuxième (12 juin 1982) de 5,75 % intervient en pleine dérive des comptes extérieurs : le déficit commercial se creuse dangereusement, la politique de relance keynésienne ayant stimulé les importations plutôt que la production nationale. La troisième (21 mars 1983) de 2,5 %, couplée à une réévaluation du mark de 5,5 %, marque le « tournant de la rigueur » : Mitterrand choisit de rester dans le SME et d'adopter l'austérité plutôt que la voie du protectionnisme et de la sortie du système monétaire européen, défendue par Chevènement et une partie du PS. Ces trois dévaluations témoignent de l'échec de la politique de relance « dans un seul pays » et préparent la politique du « franc fort » qui dominera la décennie suivante.
Le franc subit la pression de la fuite des capitaux après l'arrivée de la gauche au pouvoir, du creusement du déficit commercial et de l'inflation supérieure à celle des partenaires européens. Le SME, créé en 1979, impose une discipline de change.
Reforme
Dévaluations du franc
octobre 1981
📊 Indicateurs macro impactes
Restauration temporaire de la compétitivité-prix des exportations françaises après chaque dévaluation
Renchérissement des importations, alimentant l'inflation (le pétrole est facturé en dollars)
Perte de crédibilité internationale de la politique économique française
La troisième dévaluation de mars 1983 précipite le « tournant de la rigueur », moment pivot du premier septennat et de l'histoire de la gauche française
Les trois dévaluations étaient des ajustements nécessaires face à des déséquilibres macroéconomiques objectifs : un différentiel d'inflation de 5 points avec l'Allemagne, un déficit commercial de 93 milliards de francs et une fuite des capitaux liée au changement politique. La décision cruciale de mars 1983 de rester dans le SME a été un acte de courage politique de Mitterrand, qui a choisi l'ancrage européen contre ses propres partisans. Sans ce choix, la France serait sortie du jeu européen et n'aurait participé ni à l'Acte unique, ni à Maastricht, ni à l'euro. L'histoire a donné raison à cette décision.
Les trois dévaluations en 18 mois sont le signe patent de l'échec de la politique de relance keynésienne « dans un seul pays ». La relance française a stimulé les importations japonaises et allemandes plutôt que la production nationale, creusant un déficit commercial abyssal. Le choix de mars 1983 de rester dans le SME plutôt que d'adopter une politique de protection temporaire a sacrifié la souveraineté monétaire et l'emploi sur l'autel de la construction européenne. Les classes populaires, qui avaient voté Mitterrand pour le changement, ont subi l'austérité et vu le chômage continuer d'augmenter inexorablement.
Banque de France — Réalignements du franc dans le SME
Pierre-Alain Muet et Alain Fonteneau, La gauche face à la crise, FNSP, 1985
Vie-publique.fr — Dévaluations du franc
Source de verification : Legifrance — Voir le texte officiel
675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources