Jacques Chirac reconnaît pour la première fois la responsabilité de l'État français dans la déportation des Juifs lors de la rafle du Vel d'Hiv.
Le 16 juillet 1995, lors de la commémoration de la rafle du Vélodrome d'Hiver, Jacques Chirac rompt avec la position officielle de tous ses prédécesseurs en reconnaissant la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs. Il déclare : « Ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'État français. » Cette déclaration historique met fin à la doctrine gaullienne selon laquelle « Vichy ce n'est pas la France » et la République ne saurait être tenue responsable des actes du régime de Vichy. Le discours est le fruit d'un travail mémoriel porté depuis des décennies par les historiens (Robert Paxton, Serge Klarsfeld) et les associations de déportés. Il ouvre la voie à une série d'actes de reconnaissance : Mission Mattéoli sur la spoliation des biens juifs (1997), procès Papon (1997-1998), création de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah (2000). Le discours est salué quasi unanimement, bien que certains gaullistes regrettent la rupture avec la doctrine de De Gaulle.
Depuis 1945, la doctrine officielle française soutient que la République n'est pas responsable des actes de Vichy. De Gaulle, Pompidou, Giscard et Mitterrand ont tous refusé cette reconnaissance. Le procès Touvier (1994) a relancé le débat. Les travaux de Robert Paxton, Serge Klarsfeld et Henry Rousso ont documenté la collaboration active de l'administration française. François Mitterrand avait refusé cette reconnaissance en 1992, déclarant que « la République n'a pas à s'excuser ».
Reforme
Discours Vel d'Hiv
juillet 1995
Reconnaissance historique de la responsabilité de la France, permettant un travail de mémoire et de réconciliation avec la communauté juive
Ouverture de la voie aux procédures de restitution des biens spoliés (Mission Mattéoli) et à la création de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah
Rupture avec la doctrine gaullienne distinguant Vichy de la République, critiquée par certains gaullistes comme une confusion entre État français et République française
Ouverture d'un cycle mémoriel élargi : reconnaissance du rôle de la France dans le génocide rwandais, la guerre d'Algérie, l'esclavage, chaque communauté demandant une reconnaissance similaire
Ce discours est un acte de vérité et de courage politique fondamental. Reconnaître que l'État français a activement participé à la déportation des Juifs n'est pas une trahison de la République, mais au contraire la condition de sa fidélité à ses propres valeurs. La France ne peut construire son avenir sur un déni historique.
En confondant l'État français de Vichy et la République, Chirac crée une confusion juridique et historique. La République française, incarnée par la France libre de De Gaulle, n'a jamais cessé d'exister. Reconnaître la responsabilité de « la France » revient à faire porter la culpabilité à l'ensemble de la Nation, y compris aux résistants et aux Justes.
Discours du Président de la République lors de la commémoration de la rafle du Vel d'Hiv, 16 juillet 1995
Henry Rousso, Le Syndrome de Vichy, Seuil, 1990
Annette Wieviorka, Déportation et génocide, Hachette, 2003
Vie-publique.fr — Discours Vel d'Hiv
Source de verification : Vie-publique.fr
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