Dissolution surprise de l'Assemblée nationale par Chirac, pari politique perdu aboutissant à la victoire de la gauche plurielle et cinq ans de cohabitation.
Le 21 avril 1997, Jacques Chirac annonce la dissolution de l'Assemblée nationale, convoquant des élections législatives anticipées pour les 25 mai et 1er juin 1997. La droite dispose pourtant d'une majorité confortable (480 sièges sur 577) mais Chirac invoque la nécessité d'un « nouvel élan » et d'un mandat populaire frais pour conduire les réformes nécessaires à l'entrée dans l'euro. En réalité, la dissolution est un calcul politique : Chirac et ses conseillers (Dominique de Villepin, notamment) jugent préférable d'organiser des élections un an avant l'échéance naturelle de 1998, anticipant une dégradation de la conjoncture économique et sociale. Le pari se révèle catastrophique : la gauche plurielle (PS, PCF, Verts, MDC, Radicaux) remporte une victoire nette avec 319 sièges. Lionel Jospin devient Premier ministre, ouvrant la troisième cohabitation de la Ve République, la plus longue (cinq ans). La dissolution de 1997 est unanimement considérée comme la plus grande erreur politique de Jacques Chirac. Elle le prive de toute capacité de réforme pendant cinq ans et offre à la gauche le pouvoir sans avoir eu à le conquérir par une présidentielle.
Le gouvernement Juppé est profondément impopulaire après les grèves de 1995 et la rigueur budgétaire. Chirac espère que des élections anticipées, avant que la conjoncture ne se dégrade davantage, permettront de renouveler la majorité et d'y injecter des chiraquiens aux dépens des balladuriens. Les sondages semblent favorables mais se retournent rapidement pendant la campagne.
Reforme
Dissolution 1997
avril 1997
Renouvellement démocratique de la représentation nationale, permettant l'expression d'une alternance politique souhaitée par les électeurs
Perte de la majorité par la droite alors qu'elle disposait de 480 sièges, ouvrant cinq ans de cohabitation et privant Chirac de tout levier de réforme
Décrédibilisation de l'institution de la dissolution, perçue comme un outil de calcul politique plutôt que de résolution de crise. Plus aucun président n'osera dissoudre jusqu'en 2024
L'expérience ratée de la dissolution de 1997 contribue à l'adoption du quinquennat en 2000, visant à synchroniser mandats présidentiel et législatif pour éviter les cohabitations
La dissolution était un acte constitutionnel légitime permettant de redonner la parole au peuple. Même si le résultat fut contraire aux attentes, la démocratie a fonctionné : les Français ont sanctionné une politique qui ne leur convenait pas, ce qui est le propre d'un régime démocratique sain.
La dissolution de 1997 est l'archétype de l'irresponsabilité politique. Chirac a dissous une majorité de 480 sièges pour des raisons de tactique politicienne, privant la droite du pouvoir pour cinq ans et offrant la France à une gauche qui n'avait rien demandé. C'est la preuve que le pouvoir de dissolution, sans contrepoids, est une arme dangereuse entre les mains d'un président mal conseillé.
Décret du 21 avril 1997 portant dissolution de l'Assemblée nationale
Assemblée nationale — Résultats des élections législatives de 1997
Olivier Duhamel, La Gauche et la Ve République, PUF, 1998
Vie-publique.fr — Dissolution 1997
Source de verification : Legifrance — Voir le texte officiel
675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources