Embargo français sur les ventes d'armes à Israël à la veille de la guerre des Six Jours, rupture majeure de la politique étrangère.
Le 2 juin 1967, trois jours avant le déclenchement de la guerre des Six Jours, le général de Gaulle décrète un embargo sur les livraisons d'armes aux pays belligérants du Proche-Orient. La mesure, formulée de manière neutre, vise en pratique essentiellement Israël, principal client de l'industrie d'armement française. La France fournissait jusqu'alors la quasi-totalité de l'équipement militaire israélien, notamment les avions Mirage III et les chars AMX. L'embargo est renforcé le 3 janvier 1969 pour devenir total (y compris les pièces de rechange). Cette décision marque un basculement fondamental de la politique étrangère française au Proche-Orient : de l'alliance privilégiée avec Israël héritée de la IVe République (et notamment de la crise de Suez 1956), la France bascule vers une politique « pro-arabe » d'équilibre qui reste le fondement de la diplomatie française dans la région. L'embargo pousse Israël vers les États-Unis, qui deviennent son fournisseur principal.
Depuis l'expédition de Suez (1956), la France est le premier fournisseur d'armes d'Israël. Mais de Gaulle veut rompre avec l'alignement pro-israélien pour développer des relations avec le monde arabe dans le cadre de sa politique d'indépendance nationale. Les tensions au Proche-Orient montent à partir de mai 1967. La France a averti Israël de ne pas attaquer en premier.
Reforme
Embargo sur les armes à Israël
juin 1967
« Affirmer la politique étrangère indépendante de la France »
Source : Programme présidentiel 1965, politique d'indépendance nationale
Écart entre promesse et réalisation
L'embargo s'inscrit dans la politique d'indépendance nationale mais constitue un retournement d'alliance majeur, non explicité dans les promesses de campagne.
Affirmation de l'indépendance diplomatique française, la France refusant de s'aligner sur les blocs dans le conflit israélo-arabe
Ouverture de relations diplomatiques et commerciales renforcées avec les pays arabes, bénéfiques pour l'industrie française (pétrole, contrats)
Perte du marché d'armement israélien et rupture d'une alliance stratégique historique, sans compensation militaire immédiate
Crispation de la communauté juive française et accusation d'antisémitisme après la conférence de presse de de Gaulle du 27 novembre 1967 (« peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur »)
Israël développe une industrie d'armement nationale (Israel Military Industries, Rafael, IAI) et se tourne vers les États-Unis, redessinant durablement les alliances stratégiques au Proche-Orient
L'embargo illustre la politique d'indépendance gaulliste : la France refuse d'être complice d'une guerre d'agression (Israël ayant attaqué en premier) et se positionne comme interlocuteur crédible de l'ensemble des parties au Proche-Orient. Cette politique a permis à la France de jouer un rôle diplomatique original dans la région.
L'embargo constitue un abandon d'un allié démocratique cerné par des régimes hostiles. La formulation « neutre » masque un ciblage unilatéral d'Israël. La conférence de presse du 27 novembre 1967 révèle des stéréotypes antisémites indignes d'un chef d'État. La France sacrifie une alliance stratégique sur l'autel d'intérêts pétroliers et de postures diplomatiques.
Conférence de presse du général de Gaulle, 27 novembre 1967
De Gaulle, Israël et les Juifs, Raymond Aron, 1968
La politique arabe de la France
Vie-publique.fr — Embargo sur les armes à Israël
Source de verification : Legifrance — Voir le texte officiel
675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources