Gel du point d'indice de la fonction publique dans le cadre de la rigueur budgétaire, alimentant la colère sociale qui explosera à l'automne.
Dès l'été 1995, le gouvernement Juppé annonce le gel du point d'indice de la fonction publique, qui détermine la rémunération des 5 millions de fonctionnaires et agents publics. Cette mesure d'économie budgétaire vise à contenir la masse salariale de l'État, premier poste de dépenses publiques. Le gel, présenté comme temporaire, s'inscrit dans la stratégie de réduction du déficit public pour qualifier la France aux critères de Maastricht. Il provoque une crispation immédiate des syndicats de la fonction publique (CGT, FO, CFDT, FSU) qui y voient une attaque contre le pouvoir d'achat des agents publics. Le gel des salaires, combiné à la hausse de TVA et aux annonces à venir sur la Sécurité sociale, contribue à créer un climat de défiance entre le gouvernement et les fonctionnaires, terreau des grèves massives de novembre-décembre 1995. Le point d'indice restera gelé ou quasi gelé pendant l'essentiel des années 1996-1997.
Les finances publiques sont dégradées, le déficit dépasse 5 % du PIB. La masse salariale de la fonction publique représente environ 40 % des dépenses de l'État. Les critères de Maastricht exigent un effort de consolidation rapide. Les syndicats, qui n'ont pas été consultés, interprètent ce gel comme le signe d'une politique de rigueur assumée, en contradiction avec les promesses de campagne.
Reforme
Gel salaires fonctionnaires
juillet 1995
« Revaloriser le travail et lutter contre la fracture sociale »
Source : Campagne présidentielle de Jacques Chirac, 1995
Écart entre promesse et réalisation
Le gel des salaires des fonctionnaires contredit la promesse de revalorisation du travail et alimente le sentiment de trahison de la fracture sociale.
Économie budgétaire estimée à 15 milliards de francs sur 1995-1997, contribuant à la réduction du déficit
Perte de pouvoir d'achat des fonctionnaires, alimentant un ressentiment durable envers le gouvernement Juppé
Le gel des salaires contribue à radicaliser les syndicats de la fonction publique, qui seront le fer de lance des grèves de novembre-décembre 1995
Le gel du point d'indice est une mesure de responsabilité budgétaire face à un déficit abyssal. La France ne peut pas qualifier pour l'euro avec une masse salariale publique en croissance incontrôlée. Les fonctionnaires bénéficient par ailleurs de la sécurité de l'emploi, avantage considérable en période de chômage de masse.
Geler les salaires des fonctionnaires tout en augmentant la TVA, c'est faire payer la rigueur budgétaire aux classes moyennes et populaires plutôt qu'aux détenteurs de capitaux. C'est exactement l'inverse de la fracture sociale promise par Chirac. Cette politique d'austérité est le terreau de la crise sociale de l'automne 1995.
DGAFP — Évolution du point d'indice de la fonction publique
Sophie Béroud, Le mouvement social de novembre-décembre 1995, L'Harmattan
Vie-publique.fr — Gel salaires fonctionnaires
Source de verification : Legifrance — Voir le texte officiel
675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources