Augmentation du SMIC de 10 % en termes réels entre juin 1981 et fin 1982, accompagnée de hausses des minima sociaux.
Dès le premier Conseil des ministres du gouvernement Mauroy-2 (26 juin 1981), le SMIC est augmenté de 10 % d'un coup, la plus forte hausse depuis sa création en 1970. Plusieurs coups de pouce supplémentaires suivront, portant la hausse cumulée en termes réels à environ 10 % entre juin 1981 et décembre 1982. Parallèlement, les allocations familiales sont relevées de 25 %, le minimum vieillesse de 20 %, l'allocation logement de 25 % et l'allocation aux adultes handicapés de 20 %. Ces mesures massives de pouvoir d'achat visent à relancer la consommation selon une logique keynésienne. Elles bénéficient directement à plus de 2 millions de smicards et à des millions d'allocataires. Mais elles contribuent au creusement du déficit budgétaire et alimentent la spirale prix-salaires, les hausses de coût étant répercutées dans les prix par les entreprises.
Le SMIC horaire est de 17,35 francs en mai 1981. L'inflation atteint 14 %. La relance par la consommation est la stratégie économique du gouvernement, inspirée du keynésianisme.
Reforme
Hausse SMIC +10 %
juin 1981
« Augmenter fortement le SMIC et les minima sociaux (110 propositions) »
Source : Programme des 110 propositions pour la France, 1981
Écart entre promesse et réalisation
Promesse tenue dans la première phase, mais les hausses ont été freinées après le tournant de la rigueur de 1983.
Hausse immédiate du pouvoir d'achat des travailleurs les plus modestes et des allocataires sociaux
Effet d'aspiration des importations : la hausse du pouvoir d'achat a principalement profité aux producteurs étrangers (magnétoscopes japonais, produits allemands), creusant le déficit commercial
Alimentation de la spirale prix-salaires contribuant au maintien de l'inflation au-dessus de 10 %
L'échec de la relance par la consommation de 1981-1982, dont la hausse du SMIC était le pilier, a provoqué un traumatisme idéologique durable au sein de la gauche française. Le « tournant de la rigueur » de mars 1983, imposé par la contrainte extérieure et la fuite des capitaux, a sonné le glas du keynésianisme en économie ouverte et converti durablement le PS à l'orthodoxie monétaire et budgétaire. Cette expérience malheureuse est régulièrement invoquée pour justifier la prudence salariale des gouvernements ultérieurs, y compris de gauche, et a nourri le discours selon lequel « la France ne peut pas faire cavalier seul » dans la mondialisation.
La hausse du SMIC de 10 % en termes réels a représenté un acte de justice sociale indispensable. Dans une période d'inflation à deux chiffres, les travailleurs les plus modestes voyaient leur pouvoir d'achat s'éroder rapidement. En relevant fortement le plancher salarial et les minima sociaux, le gouvernement a protégé les plus fragiles et réduit les inégalités de revenus. Plus de 2 millions de smicards et des millions d'allocataires ont vu leur situation matérielle s'améliorer concrètement. La France ne pouvait pas prétendre à la justice sociale en laissant les bas salaires se dégrader sous l'effet de l'inflation galopante.
La hausse brutale de 10 % du SMIC a renchéri d'un coup le coût du travail non qualifié, aggravé la spirale prix-salaires et alimenté les importations plutôt que la production nationale. Dans une économie ouverte, la relance par la demande salariale a surtout profité aux concurrents étrangers — les Français achetant des magnétoscopes japonais et des voitures allemandes avec leur surcroît de pouvoir d'achat. Le déficit commercial a doublé en un an, précipitant la crise de change du franc et imposant le tournant de la rigueur de mars 1983. Cette expérience a démontré qu'une politique de relance keynésienne unilatérale est vouée à l'échec dans un contexte d'intégration économique européenne.
Décret du 26 juin 1981 portant relèvement du SMIC
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675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources