Dérégulation du marché monétaire, création de nouveaux instruments financiers, suppression progressive du contrôle des changes.
Pierre Bérégovoy, ministre de l'Économie et des Finances du gouvernement Fabius, mène la plus importante réforme des marchés financiers depuis l'après-guerre. Paradoxe majeur : c'est un gouvernement socialiste qui libéralise la finance française. La réforme comprend : la déréglementation du marché monétaire (accès des entreprises non bancaires), la création de nouveaux instruments financiers (billets de trésorerie, certificats de dépôt, bons du Trésor négociables), la modernisation de la Bourse de Paris (cotation assistée par ordinateur, MATIF — marché à terme d'instruments financiers, mars 1986), et l'assouplissement progressif du contrôle des changes (qui sera totalement supprimé en 1990). Ces réformes transforment la place financière de Paris, la préparent à la concurrence européenne dans la perspective du marché unique de 1992, et facilitent le financement de la dette publique par les marchés. Bérégovoy sera surnommé « le meilleur ministre des finances de la Ve République » par certains observateurs, y compris de droite.
Le système financier français est encore largement administré : encadrement du crédit, taux réglementés, contrôle des changes strict. La nécessité de financer une dette publique croissante et la perspective du marché unique européen imposent une modernisation.
Modernisation de la place financière de Paris, devenue l'une des plus importantes d'Europe continentale
Baisse du coût de financement de la dette publique grâce à la concurrence entre opérateurs sur le marché des titres d'État
Financiarisation croissante de l'économie française, avec montée de la logique actionnariale au détriment de la logique industrielle
La libéralisation financière menée par la gauche a été poursuivie et amplifiée par la droite (privatisation des banques, suppression du contrôle des changes en 1990), créant un consensus bipartisan sur la dérégulation financière
La modernisation financière était indispensable pour sortir la France d'un système archaïque de financement administré. Elle a permis de baisser le coût de la dette, d'attirer les investisseurs et de préparer la France au marché unique européen.
La libéralisation financière menée par un gouvernement socialiste a trahi les engagements de 1981 et ouvert la voie à la domination des marchés sur la politique économique. Elle a contribué aux crises financières ultérieures et à l'explosion des inégalités patrimoniales.
Réforme du marché monétaire français, 1985-1986
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675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources