Projet de réforme universitaire introduisant la sélection et l'autonomie, retiré après un mouvement étudiant massif et la mort de Malik Oussekine.
Le projet de loi porté par Alain Devaquet, ministre délégué chargé de la Recherche et de l'Enseignement supérieur, vise à introduire la sélection à l'entrée des universités, l'autonomie des établissements en matière de droits d'inscription et de délivrance des diplômes, et la mise en concurrence entre universités. Présenté comme une modernisation nécessaire face à l'afflux d'étudiants et à la dégradation des conditions d'enseignement, le projet provoque un mouvement étudiant massif à partir de novembre 1986. Des centaines de milliers d'étudiants et de lycéens manifestent dans toute la France. Dans la nuit du 5 au 6 décembre, Malik Oussekine, étudiant de 22 ans, est battu à mort par des voltigeurs motocyclistes de la police. Le choc émotionnel est considérable. Chirac retire le projet le 8 décembre et Devaquet démissionne. Cet épisode est un tournant de la cohabitation : il affaiblit durablement le gouvernement, renforce Mitterrand qui incarne l'écoute de la jeunesse, et traumatise la droite qui n'osera plus toucher à l'université pendant des années.
Les effectifs universitaires explosent (1,2 million d'étudiants en 1986). Les universités sont sous-financées et les taux d'échec en premier cycle atteignent 50 %. Le modèle d'université ouverte à tous, hérité de 1968, est en crise.
Reforme
Loi Devaquet (retirée)
décembre 1986
« Réformer l'université pour améliorer sa qualité et son autonomie (programme RPR-UDF 1986) »
Source : Plateforme commune RPR-UDF, « Gouverner ensemble », 1986
Écart entre promesse et réalisation
Promesse non tenue : le projet est retiré sous la pression de la rue après un mois de mobilisation étudiante.
Le retrait du projet préserve le principe d'accès libre à l'université, considéré comme un acquis républicain fondamental
Mort de Malik Oussekine le 6 décembre 1986, battu par les voltigeurs de la police, traumatisme national et mise en cause des méthodes de maintien de l'ordre
Report sine die de toute réforme structurelle de l'université ; la question de la sélection et du sous-financement reste entière pour des décennies
Dissolution du corps des voltigeurs motocyclistes de la police après l'affaire Oussekine, réforme des techniques de maintien de l'ordre
Traumatisme politique durable : la droite n'osera plus toucher à l'université jusqu'à la loi LRU de 2007, soit 21 ans plus tard
Le projet Devaquet posait de vraies questions : la massification sans moyens condamne l'université à l'échec. L'autonomie et une forme de sélection étaient nécessaires pour améliorer la qualité de l'enseignement supérieur français. Le retrait a perpétué un statu quo médiocre.
La sélection à l'université est un mécanisme de reproduction sociale qui exclut les enfants des classes populaires. Le mouvement de décembre 1986 a défendu le droit à l'éducation pour tous. La réponse policière disproportionnée et la mort de Malik Oussekine révèlent la violence d'un projet imposé sans concertation.
Vie publique — La réforme Devaquet et le mouvement étudiant de 1986
Ludivine Bantigny, Le Plus Bel Âge ? Jeunes et jeunesse en France de l'aube des Trente Glorieuses à la guerre d'Algérie, Fayard, 2007
Vie-publique.fr — Loi Devaquet (retirée)
Source de verification : Vie-publique.fr
675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources