Première loi-cadre sur la formation professionnelle, reconnaissant la formation continue comme obligation nationale et droit des travailleurs.
La loi d'orientation et de programme du 3 décembre 1966 constitue le premier texte législatif d'envergure consacrant la formation professionnelle comme une obligation nationale. Elle reconnaît la formation professionnelle continue comme un droit des travailleurs et pose les bases d'un système organisé de formation tout au long de la vie. Le texte crée un cadre juridique pour la formation professionnelle des adultes, jusqu'alors laissée à l'initiative dispersée des entreprises, de l'État et de quelques organismes spécialisés. Il institue le Comité interministériel de la formation professionnelle et de la promotion sociale, charge les régions de définir des programmes de formation adaptés aux besoins économiques locaux, et prévoit un effort financier de l'État en faveur de la formation. La loi pose le principe d'un congé-formation permettant aux salariés de se former pendant leur temps de travail. Elle s'inscrit dans le cadre du Vème Plan qui identifie l'adaptation de la main-d'œuvre aux mutations technologiques comme un enjeu stratégique. Ce texte fondateur sera considérablement amplifié par la loi Delors du 16 juillet 1971.
La France des Trente Glorieuses connaît des mutations technologiques rapides qui rendent obsolètes de nombreuses qualifications. L'exode rural massif transfère des centaines de milliers de travailleurs agricoles vers l'industrie et les services, nécessitant des formations de reconversion. Le système éducatif produit encore une majorité de jeunes sans qualification. Le Vème Plan identifie la formation professionnelle comme un levier essentiel de la modernisation économique et de la promotion sociale.
Reforme
Loi sur la formation professionnelle
décembre 1966
« Adapter la main-d'œuvre française aux exigences de la modernisation économique par la formation et la promotion sociale »
Source : Vème Plan de modernisation (1966-1970), discours de politique générale
Écart entre promesse et réalisation
La loi pose un cadre juridique ambitieux mais les moyens financiers restent insuffisants. La formation professionnelle ne deviendra véritablement un droit effectif qu'avec la loi Delors de 1971.
Reconnaissance législative de la formation professionnelle continue comme obligation nationale, posant les bases juridiques du système français de formation tout au long de la vie
Création du congé-formation, premier dispositif permettant aux salariés de se former pendant leur temps de travail avec maintien de leur rémunération
Portée concrète limitée par l'insuffisance des moyens financiers consacrés à la formation et par l'absence d'obligation de financement pour les entreprises
Émergence progressive d'un marché de la formation professionnelle, avec le développement d'organismes de formation publics et privés qui structureront un secteur économique à part entière
La loi de 1966 a posé les fondements juridiques et philosophiques du système français de formation professionnelle continue, reconnaissant pour la première fois la formation comme un droit social et un investissement national, préparant le terrain pour la grande loi Delors de 1971.
La loi est restée largement déclaratoire, sans obligation de financement pour les entreprises ni moyens budgétaires suffisants. L'écart entre l'ambition affichée et les réalisations concrètes illustre le tropisme français pour les grandes déclarations législatives sans suivi effectif.
Instauration d'une obligation de financement de la formation par les entreprises (1% de la masse salariale), créant le système français de formation professionnelle continue
Loi n° 66-892 du 3 décembre 1966 d'orientation et de programme sur la formation professionnelle
La formation professionnelle en France, histoire et droit, Pierre Caspar
Source de verification : Legifrance — Voir le texte officiel
675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources