Programme massif de privatisation de 65 groupes industriels et bancaires nationalisés, inversant les nationalisations de 1982.
La loi du 2 juillet 1986 autorise le gouvernement à privatiser 65 groupes publics par ordonnance, dans un délai de cinq ans. Portée par Édouard Balladur, ministre de l'Économie, cette loi inverse frontalement les nationalisations menées par la gauche en 1982. Le programme prévoit la cession au secteur privé de groupes industriels (Saint-Gobain, CGE, Matra, Rhône-Poulenc), bancaires (Paribas, Société Générale, Suez, CCF, BNP) et d'assurance (AGF, GAN). La méthode retenue — Offre Publique de Vente (OPV) avec constitution de « noyaux durs » d'actionnaires stables — est conçue pour créer un capitalisme populaire tout en protégeant les entreprises de prises de contrôle hostiles. Entre 1986 et le krach boursier d'octobre 1987, treize groupes sont effectivement privatisés, rapportant environ 71 milliards de francs à l'État. Le krach interrompt le programme, mais il sera repris par Balladur en 1993. Cette loi marque un tournant idéologique majeur : la droite française assume désormais ouvertement le libéralisme économique, sous l'influence de Margaret Thatcher et Ronald Reagan.
La droite, revenue au pouvoir par les législatives de mars 1986, veut marquer une rupture avec les nationalisations de 1982. Le modèle thatchérien de privatisation massive inspire directement Balladur et Chirac. Les marchés financiers sont euphoriques.
« Privatiser les entreprises nationalisées par la gauche en 1982 (programme RPR-UDF pour les législatives de 1986) »
Source : Plateforme commune RPR-UDF, « Gouverner ensemble », 1986
Écart entre promesse et réalisation
Promesse largement tenue : 13 groupes privatisés sur 65 prévus avant l'interruption par le krach de 1987.
71 milliards de francs de recettes pour l'État, contribuant à la réduction du déficit budgétaire
Développement de l'actionnariat populaire : des millions de Français deviennent actionnaires individuels grâce aux privatisations
Dynamisation de la place financière de Paris et modernisation de la gouvernance des entreprises privatisées
Constitution de « noyaux durs » favorisant un capitalisme de connivence entre grandes familles et État, éloigné du capitalisme populaire annoncé
Pertes pour les petits actionnaires après le krach d'octobre 1987, entamant la confiance dans l'actionnariat populaire
Les privatisations de 1986-1988 créent un précédent irréversible : aucun gouvernement de gauche ne renationalisera les entreprises privatisées. Le programme sera repris et élargi par Balladur (1993-1995) puis Jospin (1997-2002).
Les privatisations ont libéré les entreprises du carcan bureaucratique de la gestion publique et déclenché un formidable essor de la Bourse de Paris. En 18 mois, le nombre d'actionnaires individuels a triplé, passant de 2 à 6 millions de Français, démocratisant l'accès au capital. Les 71 milliards de francs de recettes ont contribué à réduire le déficit budgétaire. Les groupes privatisés — Saint-Gobain, Société Générale, Paribas — sont devenus des champions européens, démontrant que la propriété privée est plus efficace que la propriété publique pour dynamiser les entreprises dans un marché mondialisé.
Les privatisations ont bradé le patrimoine national au profit d'une oligarchie financière triée sur le volet. Le système des « noyaux durs » a permis à Balladur de distribuer les entreprises publiques à ses amis industriels et financiers, créant un capitalisme de connivence à la française. Les petits actionnaires, attirés par les promesses de capitalisme populaire, ont été floués par le krach d'octobre 1987 qui a fait chuter de 30 % les cours des entreprises fraîchement privatisées. L'État a perdu des leviers stratégiques de politique industrielle dans des secteurs clés comme la défense, l'énergie et les télécommunications.
Édouard Balladur, Je crois en l'homme plus qu'en l'État, Flammarion, 1987
Michel Bauer, Les 200 — Comment devient-on un grand patron ?, Le Seuil, 1990
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675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources