Nationalisation de 5 grands groupes industriels, 36 banques et 2 compagnies financières, la plus vaste vague en Occident depuis 1945.
La loi du 11 février 1982 réalise la plus importante vague de nationalisations en Europe occidentale depuis 1945. Cinq grands groupes industriels sont nationalisés : la Compagnie Générale d'Électricité (CGE), Saint-Gobain, Pechiney-Ugine-Kuhlmann (PUK), Thomson-Brandt et Rhône-Poulenc. Trente-six banques privées sont nationalisées (toutes celles dont les dépôts excèdent un milliard de francs), ainsi que les deux compagnies financières Paribas et Suez. Le secteur public passe de 11 % à 24 % de l'emploi industriel et contrôle 30 % du chiffre d'affaires de l'industrie. Le coût des indemnisations s'élève à 39 milliards de francs. Le Conseil constitutionnel invalide une première version de la loi le 16 janvier 1982, jugeant les indemnisations insuffisantes. Une seconde loi, adoptée le 11 février, revoit les montants à la hausse. Ces nationalisations seront largement défaites par les privatisations de 1986-1988 (gouvernement Chirac) puis de 1993-1995 (gouvernement Balladur).
Le programme commun de la gauche prévoyait les nationalisations depuis 1972. Mitterrand s'y était engagé dans les 110 propositions. Le débat porte sur l'extension du secteur public comme levier de politique industrielle face à la crise.
Reforme
Nationalisations 1982
février 1982
« Nationaliser les groupes industriels clés et le crédit (110 propositions) »
Source : Programme des 110 propositions pour la France, 1981
Écart entre promesse et réalisation
Promesse tenue dans un premier temps, mais les entreprises nationalisées seront reprivatisées à partir de 1986.
Le secteur public industriel passe de 11 % à 24 % de l'emploi industriel, donnant à l'État un levier considérable de politique industrielle
Restructuration et modernisation de groupes industriels en difficulté (Thomson, Bull, Rhône-Poulenc)
Coût budgétaire élevé des indemnisations (39 milliards de francs) et des recapitalisations (plus de 40 milliards entre 1982 et 1986)
Signal négatif envoyé aux investisseurs internationaux, accélérant la fuite des capitaux
Les entreprises nationalisées seront toutes reprivatisées entre 1986 et 2004, souvent avec une plus-value importante pour l'État, rendant rétrospectivement le bilan financier moins négatif qu'anticipé
Les nationalisations ont permis de sauver et moderniser des groupes industriels stratégiques menacés par la crise. Sans les 40 milliards de francs de recapitalisations publiques, Thomson, Bull ou Rhône-Poulenc auraient probablement été absorbés par des concurrents étrangers. Les dirigeants nommés par l'État (Jean-Louis Beffa chez Saint-Gobain, Alain Gomez chez Thomson) ont mené des restructurations ambitieuses qui ont préparé le redressement. Rétrospectivement, les entreprises nationalisées en 1982 puis privatisées après 1986 ont souvent été revendues avec plus-value, le contribuable ayant joué un rôle de « capital-risqueur » public efficace.
Les nationalisations ont représenté un gaspillage massif d'argent public : 39 milliards de francs d'indemnisations, auxquels il faut ajouter plus de 40 milliards de recapitalisations entre 1982 et 1986. Elles ont envoyé un signal désastreux aux investisseurs internationaux, provoqué une fuite des capitaux et aggravé la crise du franc. Le retournement est humiliant : toutes les entreprises nationalisées seront reprivatisées à partir de 1986. Les nationalisations ont démontré l'archaïsme du programme de la gauche, fondé sur une vision colbertiste incompatible avec la mondialisation et la construction européenne.
Le gouvernement Chirac privatise la plupart des entreprises nationalisées en 1982 via la loi du 6 août 1986.
Loi n° 82-155 du 11 février 1982 de nationalisation
Conseil constitutionnel, décision n° 81-132 DC du 16 janvier 1982
Élie Cohen, L'État brancardier, Calmann-Lévy, 1989
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675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources