Ouverture des négociations d'adhésion du Royaume-Uni à la CEE, après la levée du veto français par Pompidou au sommet de La Haye.
Lors du sommet de La Haye les 1er et 2 décembre 1969, le président Pompidou lève le veto que de Gaulle avait opposé à deux reprises (1963 et 1967) à l'entrée du Royaume-Uni dans la Communauté économique européenne. Les négociations d'adhésion s'ouvrent officiellement le 30 juin 1970, sous présidence française du Conseil. Pompidou subordonne l'élargissement à deux conditions préalables : l'achèvement du marché commun agricole (PAC) et la mise en place de ressources propres pour la Communauté. Ces négociations, complexes, portent sur la contribution financière britannique, la transition pour l'agriculture, les relations avec le Commonwealth, et la pêche. Le traité d'adhésion est signé le 22 janvier 1972 à Bruxelles. Pompidou fait approuver l'élargissement par référendum le 23 avril 1972, obtenant 68,3 % de « oui » mais avec une abstention record de 39,5 %. Le Royaume-Uni, l'Irlande et le Danemark entrent dans la CEE le 1er janvier 1973. Cet élargissement transforme profondément la dynamique européenne en intégrant un partenaire traditionnellement réticent à l'intégration supranationale.
De Gaulle avait bloqué par deux fois l'entrée du Royaume-Uni, considérant les Britanniques comme un « cheval de Troie » des Américains. Pompidou, plus pragmatique, estime que l'élargissement renforcera la CEE à condition que les acquis communautaires soient préservés. Le sommet de La Haye relance la construction européenne sous le triptyque « achèvement, approfondissement, élargissement ».
Reforme
Adhésion du Royaume-Uni (négociations)
juin 1970
« Favoriser l'entrée du Royaume-Uni dans la Communauté économique européenne »
Source : Programme de campagne de Georges Pompidou, 1969
Écart entre promesse et réalisation
Tenue intégralement : Pompidou a fait de l'adhésion britannique un axe majeur de sa politique européenne.
Passage de la CEE de 6 à 9 membres, renforçant son poids économique et géopolitique mondial
Ouverture d'un marché de 56 millions de consommateurs supplémentaires pour les entreprises françaises
Introduction d'un partenaire structurellement réticent à l'intégration européenne, source de blocages institutionnels récurrents pendant 47 ans
Dilution partielle de la dynamique franco-allemande d'intégration dans un ensemble élargi plus hétérogène
Le précédent du référendum de 1972 sur l'Europe crée un usage de consultation populaire sur les questions européennes, utilisé en 1992 (Maastricht) et 2005 (TCE)
L'adhésion du Royaume-Uni a constitué une étape historique de la construction européenne, démontrant l'attractivité et la capacité d'ouverture du projet continental. En intégrant la troisième puissance économique européenne, la CEE a gagné en poids mondial, en capacité commerciale et en crédibilité diplomatique. L'élargissement de 1973 a posé les bases d'une Europe ouverte, capable de s'étendre au-delà du noyau fondateur des Six. Pompidou a eu la sagesse de lever le veto gaullien, comprenant qu'une Europe élargie serait plus puissante dans la compétition mondiale, même au prix de certaines concessions.
L'entrée du Royaume-Uni dans la CEE a été l'erreur stratégique la plus coûteuse de la construction européenne, validant a posteriori l'analyse prophétique de de Gaulle. Pendant 47 ans, Londres n'a cessé de freiner l'intégration politique, d'exiger des dérogations (rabais Thatcher, opt-out de l'euro et de Schengen) et de jouer le rôle de « cheval de Troie » américain que le Général avait prédit. Le Royaume-Uni a systématiquement défendu une vision libre-échangiste de l'Europe, torpillant les projets d'Europe politique, sociale ou fiscale. Le Brexit de 2020 a finalement confirmé l'incompatibilité fondamentale entre la vision britannique et le projet continental.
Le Brexit met fin à l'adhésion du Royaume-Uni à l'UE après 47 ans de participation, invalidant rétrospectivement le pari de l'élargissement de 1973.
Traité d'adhésion du 22 janvier 1972 — Archives du Conseil de l'UE
Le sommet de La Haye (1-2 décembre 1969) — CVCE
Référendum du 23 avril 1972 — Conseil constitutionnel
Vie-publique.fr — Adhésion du Royaume-Uni (négociations)
Source de verification : EUR-Lex
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