Réorganisation administrative de la Sécurité sociale, création de l'UNEDIC pour l'assurance chômage et rationalisation du système de protection sociale.
Les ordonnances du 30 décembre 1958 et des premiers jours de janvier 1959 réorganisent en profondeur la Sécurité sociale française. Elles séparent les risques en branches distinctes (maladie, vieillesse, famille, accidents du travail), renforcent le contrôle de l'État sur la gestion des caisses, et rationalisent les circuits financiers. L'ordonnance du 7 janvier 1959 crée notamment les unions de recouvrement des cotisations (URSSAF), centralisant la collecte. Parallèlement, l'accord interprofessionnel du 31 décembre 1958 crée l'UNEDIC (Union nationale interprofessionnelle pour l'emploi dans l'industrie et le commerce) et les ASSEDIC, premier régime d'assurance chômage en France, géré paritairement par le patronat (CNPF) et les syndicats.
La Sécurité sociale, créée en 1945 par les ordonnances Laroque, connaît dès la fin des années 1950 des difficultés financières structurelles. La gestion paritaire par les syndicats est contestée pour son manque de rigueur. Le gouvernement de Gaulle-Debré veut reprendre le contrôle de la protection sociale dans le cadre du redressement général des finances publiques.
Les ordonnances de 1958-1959 ont constitué une modernisation indispensable de la protection sociale française. La séparation en branches distinctes a permis une meilleure lisibilité et un pilotage plus fin de chaque risque. La création de l'UNEDIC et des ASSEDIC a doté la France d'un filet de sécurité contre le chômage qui faisait cruellement défaut, dans un pays en pleine mutation industrielle. La centralisation du recouvrement par les URSSAF a considérablement amélioré l'efficacité de la collecte, réduisant les coûts de gestion et la fraude aux cotisations.
L'étatisation de la Sécurité sociale sous le gouvernement Debré a trahi l'esprit fondateur du programme du Conseil national de la Résistance, qui prévoyait une gestion démocratique par les assurés eux-mêmes. En renforçant la tutelle de l'État sur les caisses et en limitant le pouvoir des conseils d'administration paritaires, les ordonnances ont dessaisi les travailleurs de la maîtrise de leur protection sociale. Par ailleurs, la hausse du ticket modérateur — premier pas d'une logique de déremboursement qui ne cessera de s'aggraver — a amorcé un recul de l'accès aux soins pour les plus modestes, contredisant le principe de solidarité nationale inscrit dans la Constitution.
Ordonnances n° 58-1372 à 58-1383 du 30 décembre 1958
Michel Dreyfus, Les assurances sociales en Europe, PUR
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675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources