Plan d'austérité et de libéralisation économique combinant dévaluation du franc, suppression de subventions, ouverture commerciale et rétablissement de l'équilibre budgétaire.
Le plan Pinay-Rueff, préparé par le comité d'experts dirigé par l'économiste Jacques Rueff et mis en œuvre sous l'autorité du ministre des Finances Antoine Pinay, constitue un tournant majeur de la politique économique française. Adopté par ordonnances les 27, 28 et 30 décembre 1958, il combine plusieurs mesures drastiques : une dévaluation de 17,55 % du franc pour restaurer la compétitivité extérieure, la suppression de nombreuses subventions et indexations automatiques des salaires, la réduction des dépenses publiques, l'augmentation de certains impôts, et surtout l'ouverture de l'économie française à la concurrence internationale dans le cadre du Marché commun (mise en œuvre du traité de Rome entré en vigueur le 1er janvier 1958).
La France de fin 1958 est au bord de la faillite : inflation galopante, déficit commercial chronique, réserves de change épuisées, franc surévalué. La IVe République avait multiplié les dévaluations sans réformes structurelles. L'arrivée au pouvoir de de Gaulle offre l'autorité politique nécessaire pour imposer un plan de rigueur impopulaire mais jugé indispensable par les experts économiques.
Reforme
Plan Pinay-Rueff
décembre 1958
📊 Indicateurs macro impactes
« Restaurer la puissance économique et financière de la France, condition de son indépendance nationale. »
Source : Déclarations de de Gaulle, juin 1958
Écart entre promesse et réalisation
Plan plus libéral que ne le suggérait le discours gaulliste, fortement influencé par Jacques Rueff.
Rétablissement spectaculaire de la balance commerciale : la France passe d'un déficit chronique à un excédent commercial dès 1959
Réduction significative du déficit budgétaire, rétablissant la crédibilité financière de l'État
Reconstitution des réserves de change : les réserves d'or et de devises de la Banque de France passent de niveaux critiques à des niveaux confortables en deux ans
Lancement d'une période de croissance soutenue : le PIB français croît en moyenne d'environ 5 à 6 % par an entre 1959 et 1967
Hausse temporaire du chômage et baisse du pouvoir d'achat des salariés dans les mois suivant le plan, les salaires étant désindexés de l'inflation
Disparition accélérée de petites entreprises et commerces fragilisés par l'ouverture brutale à la concurrence internationale
Aggravation des difficultés du secteur agricole traditionnel, exposé sans transition à la concurrence du Marché commun
Conversion irréversible de la France au libre-échange européen : l'ouverture commerciale de 1959 rend impossible tout retour au protectionnisme de la IVe République
Renforcement du pouvoir technocratique : le succès du plan légitime durablement l'influence des hauts fonctionnaires (Inspection des Finances, Trésor) sur la politique économique française
Le plan Pinay-Rueff constitue l'acte fondateur du redressement économique français. En combinant dévaluation compétitive, rigueur budgétaire et ouverture commerciale, il a restauré la crédibilité financière d'un pays au bord de la faillite et permis son entrée réussie dans le Marché commun. Les résultats sont spectaculaires : excédent commercial dès 1959, reconstitution des réserves de change, croissance soutenue pendant une décennie. Jacques Rueff et Antoine Pinay ont posé les fondations macroéconomiques des Trente Glorieuses à la française.
Le plan Pinay-Rueff a été un programme d'austérité socialement brutal imposé par la technocratie financière sous couvert d'autorité gaullienne. La suppression de l'indexation des salaires, la liquidation de subventions aux plus fragiles et l'exposition brutale des petits producteurs à la concurrence internationale ont aggravé les inégalités. Les travailleurs et les petits paysans ont payé le prix du redressement financier tandis que les détenteurs de capitaux, rassurés par la dévaluation, en ont été les premiers bénéficiaires. La prospérité ultérieure doit davantage à la conjoncture mondiale qu'au seul plan Rueff.
Le plan de stabilisation Giscard de 1963 prolonge la logique de rigueur du plan Pinay-Rueff face aux tensions inflationnistes.
Ordonnances des 27-30 décembre 1958, Journal officiel
Jean-Charles Asselain, Histoire économique de la France du XVIIIe siècle à nos jours
Vie-publique.fr — Plan Pinay-Rueff
Source de verification : Vie-publique.fr
675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources