Relance massive du programme de privatisations avec la cession de BNP, Rhône-Poulenc, Elf Aquitaine et UAP, rapportant plus de 100 milliards de francs.
La loi du 19 juillet 1993 autorise la privatisation de 21 groupes publics, lançant la deuxième vague de privatisations après celle de 1986-1988 interrompue par le krach de 1987 et la réélection de Mitterrand. En moins de deux ans, le gouvernement Balladur cède les joyaux du secteur public : la Banque nationale de Paris (BNP, octobre 1993), Rhône-Poulenc (novembre 1993), Elf Aquitaine (février 1994) et l'Union des assurances de Paris (UAP, mai 1994). Les opérations sont un succès financier et populaire, attirant des millions d'actionnaires individuels grâce à des conditions avantageuses (rabais, actions gratuites). Les recettes dépassent 100 milliards de francs sur la période, utilisées pour réduire le déficit budgétaire et recapitaliser les entreprises publiques en difficulté comme le Crédit Lyonnais. Le système des « noyaux durs » d'actionnaires stables, inauguré en 1986, est maintenu pour protéger les entreprises privatisées de prises de contrôle hostiles. Mitterrand, président en cohabitation, laisse faire malgré son opposition de principe, sauf pour Thomson et Bull qu'il bloque temporairement.
Le gouvernement Balladur fait face à un déficit budgétaire record de 5,6 % du PIB en 1993. La récession économique est la plus grave depuis 1975. Les privatisations servent à la fois un objectif idéologique (RPR-UDF) et budgétaire (recettes exceptionnelles). L'opinion publique est désormais acquise aux privatisations, contrairement à 1986.
Reforme
Privatisations 2e vague
juillet 1993
Chainage legislatif
Modifie egalement
« Achever le programme de privatisations interrompu en 1988 et libérer l'économie du poids de l'État »
Source : Programme législatif RPR-UDF, 1993
Écart entre promesse et réalisation
Promesse tenue et même dépassée en ampleur. Les privatisations Balladur ont été plus massives et plus rapides que celles de 1986-1988.
Recettes de privatisation supérieures à 100 milliards de francs, contribuant à réduire le déficit budgétaire
Élargissement de l'actionnariat populaire : des millions de nouveaux actionnaires individuels entre 1993 et 1995
Système des noyaux durs favorisant un capitalisme de connivence entre grands patrons proches du RPR
Cession d'actifs stratégiques (pétrole avec Elf, chimie avec Rhône-Poulenc) au secteur privé, réduisant la capacité d'intervention de l'État dans l'économie
Constitution de participations croisées entre entreprises privatisées, créant un réseau d'alliances capitalistiques complexe qui sera défait dans les années 2000
Les privatisations Balladur constituent le plus grand succès de politique économique de la deuxieme cohabitation. En dégageant plus de 100 milliards de francs de recettes dans une période de déficit record (5,6 % du PIB), elles ont contribué à assainir les finances publiques. Les entreprises privatisées — BNP (devenue BNP Paribas), Elf Aquitaine (devenue TotalEnergies), Rhône-Poulenc (devenue Sanofi) — sont devenues des champions mondiaux, démontrant la supériorité de la gestion privée. L'actionnariat populaire s'est élargi à 7,2 millions de Français, démocratisant l'accès au capital.
Les privatisations Balladur ont bradé le patrimoine national au profit d'un cercle restreint de capitalistes choisis par le ministre des Finances lui-même via le système opaque des noyaux durs. Les participations croisées entre entreprises privatisées ont créé un capitalisme de copinage étranger à la concurrence. Les recettes de 100 milliards de francs ont financé des dépenses courantes au lieu d'être investies dans l'avenir. La perte de contrôle sur Elf Aquitaine (pétrole), Rhône-Poulenc (chimie-pharmacie) et BNP (crédit) a réduit la capacité d'intervention stratégique de l'État dans des secteurs vitaux pour la souveraineté économique.
Loi n° 93-923 du 19 juillet 1993 de privatisation
Cour des comptes — Les privatisations 1993-1995
François Morin, Le modèle français de détention et de gestion du capital, Éditions de Bercy, 1998
Source de verification : Legifrance — Voir le texte officiel
675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources