Le gouvernement Jospin privatise davantage que tous les gouvernements de droite réunis, cédant des parts de France Télécom, Air France, Thomson et GAN.
Paradoxe politique majeur du gouvernement Jospin : le Premier ministre socialiste, allié au PCF et hostile aux privatisations dans l'opposition, réalise le plus grand programme de privatisations de la Ve République. Entre 1997 et 2002, les cessions de participations de l'État rapportent environ 31 milliards d'euros, soit davantage que les gouvernements Balladur et Juppé réunis. Les principales opérations sont : France Télécom (introduction en bourse en 1997, puis cessions successives ramenant la part de l'État de 75 % à 55 %), Air France (ouverture du capital en 1999), Thomson-CSF devenant Thales (privatisation en 2000), le GAN et le CIC (cédés aux Mutuelles du Mans puis au Crédit Mutuel), Aérospatiale-Matra (fusion avec DASA pour créer EADS en 2000), le Crédit Lyonnais (privatisation en 1999). Jospin justifie ces opérations non comme des privatisations idéologiques mais comme des « respirations du secteur public », utilisant les produits de cession pour le désendettement de l'État et le financement des emplois-jeunes. Le PCF, partenaire de la coalition, est mis devant le fait accompli et critique violemment sans quitter le gouvernement. Les Verts sont également mal à l'aise. Le bilan de ces privatisations est contrasté : certaines (Thomson/Thales, Air France) sont des succès, d'autres (France Télécom, devenue Orange, avec la bulle internet) connaissent des difficultés majeures.
Le gouvernement Jospin hérite d'entreprises publiques en difficulté financière (Crédit Lyonnais, GAN, Air France) et de la pression des directives européennes de libéralisation (télécommunications, transport aérien). La conjoncture boursière exceptionnellement favorable (bulle internet) offre des conditions idéales pour les cessions. Les besoins de financement des 35 heures et des emplois-jeunes poussent aussi à réaliser des recettes.
Reforme
Privatisations partielles Jospin
octobre 1997
« Jospin s'est engagé à ne pas privatiser dans l'opposition et s'est opposé aux privatisations Balladur et Juppé »
Source : Déclarations d'opposition, 1993-1997
Écart entre promesse et réalisation
Promesse inversée. Jospin privatise davantage que tous les gouvernements de droite, en utilisant l'euphémisme de « respiration du secteur public ». L'écart entre le discours et les actes est maximal.
Recettes de privatisation d'environ 31 milliards d'euros utilisées pour le désendettement de l'État et le financement des politiques sociales
Mise aux standards internationaux des entreprises concernées, leur permettant de lever des capitaux, de former des alliances et de se développer à l'international (Air France-KLM, EADS)
Perte de contrôle public sur des secteurs stratégiques (télécommunications, défense) au profit d'actionnaires privés dont les intérêts ne coïncident pas nécessairement avec l'intérêt général
La bulle internet (2000-2002) fait chuter le cours de France Télécom de 219 € à 7 €, détruisant l'épargne de millions de petits porteurs et révélant les risques de la privatisation en période spéculative
Contradiction idéologique majeure pour la gauche, affaiblissant la crédibilité du PS sur la question du service public et alimentant la critique d'extrême gauche sur la soumission au néolibéralisme
Les privatisations Jospin étaient pragmatiques et nécessaires : les entreprises publiques avaient besoin de capitaux pour se développer, les directives européennes imposaient l'ouverture à la concurrence, et les recettes ont financé des politiques sociales ambitieuses. L'État a conservé des participations stratégiques et des golden shares dans les secteurs sensibles. [Donnees factuelles : Recettes de privatisation : 31 milliards d'euros.]
Les privatisations Jospin révèlent l'imposture de la gauche de gouvernement : tout en dénonçant le libéralisme, elle brade le patrimoine public pour financer des dépenses courantes. L'État perd définitivement le contrôle de secteurs stratégiques pour des recettes ponctuelles. La contradiction entre le discours et les actes a contribué à la crise de confiance des électeurs de gauche, facteur clé du 21 avril 2002.
Agence des participations de l'État — Bilan des cessions 1997-2002
Cour des comptes — Les participations de l'État, rapport 2003
Vie-publique.fr — Privatisations partielles Jospin
Source de verification : Legifrance — Voir le texte officiel
675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources