Décision historique de supprimer la conscription et de professionnaliser intégralement les forces armées françaises, mettant fin à deux siècles de service militaire.
Le 28 mai 1996, Jacques Chirac annonce lors d'une allocution télévisée la décision de suspendre le service national et de professionnaliser intégralement les armées françaises. Cette décision, sans précédent depuis l'instauration de la conscription par la loi Jourdan de 1798, est motivée par trois facteurs : l'inadaptation d'une armée de conscription aux opérations extérieures modernes (leçon de la Bosnie et du Rwanda), le coût disproportionné de la gestion de 200 000 appelés par an, et l'inégalité croissante du service national (un jeune homme sur trois seulement effectuait réellement son service).
Le service militaire obligatoire est un pilier de la République depuis la Révolution. Mais il est de plus en plus contesté : inégalitaire (exemptions multiples), inefficace militairement, coûteux. Les guerres du Golfe (1991) et de Bosnie (1992-1995) ont démontré la supériorité des armées professionnelles. La Grande-Bretagne, les États-Unis, l'Espagne ont déjà professionnalisé. En France, le sujet est tabou : aucun président n'a osé y toucher depuis De Gaulle.
Reforme
Fin du service militaire
mai 1996
Forces armées plus compactes, mieux entraînées et mieux équipées, capables d'opérations de projection à l'étranger (Kosovo, Afghanistan, Mali)
Fin de l'inégalité du service militaire qui ne concernait effectivement qu'un tiers des jeunes hommes et excluait les femmes
Restructurations massives frappant les territoires ruraux dépendants des garnisons : fermeture de 83 sites militaires, suppression de 45 000 emplois induits
Disparition du brassage social que représentait le service militaire, dernier creuset républicain mélangeant toutes les classes sociales
La JAPD (Journée d'appel de préparation à la défense) se révèle un pâle substitut au service militaire, sans effet significatif sur le lien armée-Nation
Résurgence périodique du débat sur le service civique ou militaire universel, Macron proposant en 2017 un Service national universel (SNU) en réponse au déficit de cohésion nationale
La professionnalisation était une nécessité stratégique impérative. Une armée de conscription ne peut pas mener les opérations extérieures exigées par le contexte post-Guerre froide. La France dispose désormais d'une des armées les plus efficaces d'Europe, capable d'intervenir au Kosovo, en Afghanistan, au Mali et au Sahel. [Donnees factuelles : Fin de l'inégalité du service militaire qui ne concernait effectivement qu'un tiers des jeunes hommes et excluait les femmes : 33 → 0 % des jeunes hommes.]
La suppression du service militaire a brisé le dernier lien entre la Nation et son armée, entre les classes sociales, entre les territoires. Elle a transformé la défense en un métier de spécialistes, éloigné du citoyen. Les zones rurales abandonnées par les garnisons n'ont jamais retrouvé leur dynamisme. Et la JAPD est une mascarade qui ne remplace en rien l'expérience formatrice du service.
Allocution du Président de la République sur la professionnalisation des armées, 28 mai 1996
Loi n° 97-1019 du 28 octobre 1997 portant réforme du service national
Louis Gautier, La Défense de la France après la Guerre froide, PUF, 2009
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675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources