Suppression des filières S, ES et L au profit de spécialités au choix, introduction du grand oral et du contrôle continu à 40 % dans le baccalauréat.
La réforme du baccalauréat, portée par le ministre Jean-Michel Blanquer à la suite du rapport Mathiot remis en janvier 2018, constitue la transformation la plus profonde de l'examen depuis la création du bac moderne en 1808. Les trois filières générales S (scientifique), ES (économique et social) et L (littéraire), instaurées en 1995, sont supprimées et remplacées par un tronc commun renforcé (français, philosophie, histoire-géographie, langues vivantes, enseignement scientifique, EPS) complété par le choix de trois spécialités en Première, ramenées à deux en Terminale, parmi treize options possibles. Le contrôle continu représente désormais 40 % de la note finale (dont 10 % pour les bulletins scolaires et 30 % pour les épreuves communes de contrôle continu).
Le baccalauréat français, passé par 740 000 candidats chaque année, est critiqué depuis des décennies pour sa lourdeur organisationnelle et la hiérarchie implicite des filières. La filière S est devenue une voie généraliste d'excellence, vidant les filières L et ES. La réforme Parcoursup (2018) a transformé l'accès à l'enseignement supérieur, rendant nécessaire une refonte du lycée pour assurer la cohérence du continuum bac-3/bac+3.
Reforme
Réforme du baccalauréat Blanquer
juillet 2019
« Réformer le baccalauréat pour en réduire le nombre d'épreuves terminales à quatre matières et un grand oral. »
Source : Programme En Marche!, éducation, 2017
Écart entre promesse et réalisation
La promesse de quatre épreuves terminales a été tenue (français, deux spécialités, philosophie, grand oral). Le contrôle continu va au-delà de ce qui était initialement annoncé.
Fin de la hiérarchie implicite des filières et possibilité pour les élèves de construire des parcours personnalisés combinant sciences, lettres et sciences sociales
Création du grand oral valorisant les compétences d'expression et d'argumentation, compétences transversales jugées essentielles pour l'enseignement supérieur et la vie professionnelle
Inégalités territoriales dans l'offre de spécialités : les lycées ruraux et de petite taille ne peuvent proposer les treize spécialités, limitant les choix des élèves
Perte de lisibilité du diplôme : les combinaisons de spécialités rendent difficile l'évaluation du niveau des candidats par les formations supérieures et les employeurs
Effondrement du choix de la spécialité mathématiques en Première après sa sortie du tronc commun, conduisant le ministère à réintroduire 1h30 de maths dans le tronc commun en 2022
La réforme met fin à une fiction : la filière S n'était plus une filière scientifique mais une voie de sélection des meilleurs élèves. Le nouveau système permet des parcours sur mesure, valorise les humanités, et le grand oral prépare à l'enseignement supérieur. C'est la modernisation la plus ambitieuse du baccalauréat depuis sa création.
La réforme a remplacé une hiérarchie explicite et lisible par une hiérarchie implicite et opaque, où le choix des spécialités reproduit les inégalités sociales et territoriales. Les élèves des milieux favorisés, mieux informés, choisissent les combinaisons les plus cotées. Le contrôle continu détruit l'égalité républicaine devant l'examen. La complexité organisationnelle est ingérable pour les établissements.
Décret n° 2019-614 du 21 juin 2019 relatif aux épreuves du baccalauréat général et technologique
Pierre Mathiot, Un nouveau baccalauréat pour construire le lycée des possibles, rapport remis au ministre, janvier 2018
Cour des comptes, La réforme du lycée général et technologique, rapport thématique 2023
Source de verification : Legifrance — Voir le texte officiel
675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources