Suppression de l'École nationale d'administration (ENA) et création de l'Institut national du service public (INSP) pour diversifier les élites administratives.
Par ordonnance du 2 juin 2021, effective au 1er janvier 2022, l'École nationale d'administration (ENA), créée en 1945 par le général de Gaulle et Michel Debré, est supprimée et remplacée par l'Institut national du service public (INSP). Cette réforme, annoncée par Emmanuel Macron le 25 avril 2019 en réponse à la crise des Gilets jaunes, vise à réformer la formation et le recrutement des hauts fonctionnaires.
La crise des Gilets jaunes (2018-2019) a cristallisé le rejet d'une élite administrative perçue comme déconnectée des réalités. L'ENA symbolisait le « système » dénoncé par le mouvement. Macron lui-même, énarque et ancien inspecteur des finances, a fait de cette suppression un geste symbolique fort de réponse à la colère populaire.
Reforme
ENA → INSP
janvier 2022
« Je veux supprimer l'ENA pour refonder la haute fonction publique et la diversifier. »
Source : Emmanuel Macron, conférence de presse du 25 avril 2019, réponse au Grand débat national
Écart entre promesse et réalisation
L'ENA est formellement supprimée, mais l'INSP en reprend largement les structures. La diversification réelle reste limitée.
Suppression du classement de sortie, mettant fin à un système de caste où le rang de sortie déterminait toute la carrière
Ouverture de voies d'accès diversifiées : concours « talents » et concours professionnel
Réforme jugée cosmétique : les mêmes structures, les mêmes concours, les mêmes débouchés, sous un autre nom
La diversité sociale du recrutement n'a pas significativement progressé : les premières promotions INSP restent sociologiquement similaires aux dernières promotions ENA
Déstabilisation temporaire des corps d'inspection et de contrôle, inquiets de la fonctionnalisation et de la perte d'indépendance statutaire
La suppression de l'ENA et la fonctionnalisation des grands corps mettent fin à un système de reproduction sociale fermé et déconnecté, ouvrant la haute fonction publique à des profils plus diversifiés et à une gestion des compétences plus moderne.
La réforme est un trompe-l'œil politique : renommer l'ENA en INSP ne change pas la sociologie du recrutement ni les mécanismes de reproduction des élites. La fonctionnalisation des grands corps fragilise leur indépendance sans démocratiser véritablement l'accès aux postes de responsabilité.
Décret n° 2021-1556 du 1er décembre 2021 portant création de l'Institut national du service public
Source de verification : Legifrance — Voir le texte officiel
675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources