Abandon de la politique de relance keynésienne au profit de l'austérité budgétaire et du franc fort : moment pivot du premier septennat.
Le « tournant de la rigueur » de mars 1983 constitue le moment pivot du premier septennat Mitterrand et l'un des tournants majeurs de l'histoire économique et politique française du XXe siècle. Face à trois dévaluations en 18 mois, un déficit commercial record, une inflation persistante et la fuite des capitaux, Mitterrand doit trancher entre deux options radicalement opposées. La première, défendue par Pierre Bérégovoy, Jacques Delors et Laurent Fabius, prône le maintien dans le Système Monétaire Européen et l'adoption d'une politique d'austérité. La seconde, portée par Jean-Pierre Chevènement, Pierre Joxe et une partie du PS, préconise la sortie du SME, le protectionnisme temporaire et la poursuite de la relance. Mitterrand choisit la première option le 23 mars 1983. Ce choix marque l'abandon définitif du programme économique de la gauche (nationalisations, relance keynésienne, rupture avec le capitalisme) au profit d'une politique de rigueur budgétaire, de désinflation compétitive et d'ancrage européen. Il redéfinit durablement l'identité économique de la gauche française et prépare la construction de l'union économique et monétaire européenne.
Après 18 mois de politique de relance « dans un seul pays », les indicateurs économiques sont au rouge : trois dévaluations, déficit commercial de 93 milliards de francs, inflation à 9,3 %, chômage en hausse. Le débat fait rage au sommet de l'État entre partisans de la rigueur et partisans de la rupture avec le SME.
Reforme
Tournant de la rigueur
mars 1983
Chainage legislatif
Modifie egalement
Réduction spectaculaire de l'inflation : de 9,3 % en 1983 à 2,7 % en 1986
Rétablissement de la crédibilité financière de la France et stabilisation du franc dans le SME
Maintien de la France dans la construction européenne, préparant l'Acte unique (1986) et le traité de Maastricht (1992)
Poursuite de la hausse du chômage qui atteint 2,5 millions en 1985, la rigueur ne créant pas d'emplois
Trahison ressentie par l'électorat de gauche : le programme de rupture est abandonné, la politique menée devient indiscernable de celle que pourrait mener la droite modérée
Redéfinition durable de la gauche française : abandon du keynésianisme, acceptation de l'économie de marché, conversion à la construction européenne. La gauche de gouvernement ne reviendra jamais à une politique de rupture anticapitaliste.
Montée électorale du Front national, qui profite du désenchantement populaire face à l'abandon des promesses de la gauche
Le tournant de la rigueur a sauvé la France du chaos économique. En mars 1983, le franc était au bord de l'effondrement, les réserves de change épuisées, l'inflation à 9,3 % et le déficit commercial à 93 milliards de francs. La sortie du SME aurait provoqué une spirale de dévaluations, une inflation à deux chiffres et l'isolement diplomatique de la France. Le choix européen de Mitterrand a été visionnaire : sans ce virage, ni l'Acte unique, ni Maastricht, ni l'euro n'auraient été possibles. En trois ans, l'inflation est tombée à 2,7 %, restaurant la crédibilité financière de la France.
Le tournant de la rigueur constitue la trahison originelle de la gauche de gouvernement. Les électeurs de 1981 avaient voté pour la « rupture avec le capitalisme », ils ont obtenu l'austérité budgétaire et la soumission à la Bundesbank. La sortie du SME, préconisée par Chevènement, aurait permis une dévaluation compétitive, le rétablissement du contrôle des capitaux et une politique industrielle autonome. Au lieu de cela, le chômage est passé de 2 à 2,5 millions sous la rigueur, les classes populaires ont été sacrifiées sur l'autel de la construction européenne, et la gauche a perdu son identité économique pour les décennies suivantes.
Pierre Favier et Michel Martin-Roland, La Décennie Mitterrand, tome 1 — Les Ruptures, Seuil, 1990
Pierre-Alain Muet et Alain Fonteneau, La Gauche face à la crise, FNSP, 1985
Jacques Attali, Verbatim, tome 1, Fayard, 1993
Vie-publique.fr — Tournant de la rigueur
Source de verification : Vie-publique.fr
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