Division par 100 de la valeur faciale du franc, créant le « nouveau franc » pour symboliser le redressement économique et restaurer le prestige monétaire français.
L'ordonnance du 27 décembre 1958, entrée en vigueur le 1er janvier 1960, institue le « nouveau franc » (NF) valant 100 anciens francs. Cette réforme monétaire, volet symbolique du plan Pinay-Rueff, vise à restaurer la dignité de la monnaie française, humiliée par des décennies d'inflation et de dévaluations successives sous la IIIe et la IVe République. Un franc ancien ne représentait plus qu'une fraction dérisoire de pouvoir d'achat ; la division par 100 replace le franc dans un ordre de grandeur comparable aux autres grandes monnaies (dollar, mark, livre). La mesure est technique — aucun gain ni perte de pouvoir d'achat réel — mais psychologiquement puissante. De Gaulle y voit un instrument de fierté nationale : la France retrouve un « franc lourd » digne de son rang.
Le franc a subi 13 dévaluations depuis 1928. En 1958, un dollar vaut près de 500 francs, reflet de l'affaiblissement monétaire. La réforme monétaire accompagne le plan de stabilisation pour marquer une rupture psychologique avec les errements financiers passés.
Reforme
Nouveau franc
janvier 1960
« Redonner à la France une monnaie forte, symbole de sa souveraineté retrouvée. »
Source : Discours de de Gaulle, conférence de presse de 1958
Écart entre promesse et réalisation
Promesse tenue dans la forme et dans les faits, le franc restant stable jusqu'en 1969.
Stabilité monétaire remarquable : le nouveau franc conserve sa parité or pendant une décennie complète (1960-1969), cas unique dans l'histoire monétaire française du XXe siècle
Restauration de la crédibilité internationale du franc, facilitant les échanges commerciaux et les investissements étrangers en France
Simplification des transactions commerciales et comptables par l'alignement sur un ordre de grandeur comparable aux grandes monnaies internationales (dollar, mark)
Confusion durable dans la population : des millions de Français, notamment les personnes âgées, continuent de compter en anciens francs pendant des décennies, compliquant les transactions quotidiennes
Perception d'une hausse des prix liée au changement d'unité de compte, les commerçants arrondissant fréquemment à la hausse lors de la conversion
La stabilité du nouveau franc alimente la politique de « franc fort » qui deviendra un dogme de la politique monétaire française, parfois au détriment de la compétitivité, jusqu'à l'adoption de l'euro en 1999
La division par 100 de l'unité monétaire a engendré une perte de repères durables chez les Français les plus modestes et les plus âgés. Plusieurs générations ont continué à raisonner en « anciens francs », créant un décalage culturel et psychologique persistant vis-à-vis de la valeur de l'argent. Ce phénomène s'est reproduit à l'identique lors du passage à l'euro en 2002, suggérant que les changements d'unité monétaire produisent des effets cognitifs de long terme sous-estimés par les technocrates.
Le nouveau franc a restauré le prestige monétaire d'une France humiliée par des décennies de dévaluations successives. En replaçant la monnaie française dans un ordre de grandeur comparable au dollar et au mark, la réforme a envoyé un signal de confiance puissant aux marchés internationaux et aux épargnants français. La stabilité monétaire qui a suivi — dix ans sans dévaluation, fait inédit depuis 1914 — a soutenu la confiance des ménages, favorisé l'investissement et accompagné la croissance spectaculaire des Trente Glorieuses.
La création du nouveau franc était une opération essentiellement cosmétique qui n'a modifié aucun fondamental économique. Diviser par cent la valeur faciale de la monnaie ne crée ni richesse ni stabilité réelle. La réforme a en revanche semé la confusion chez les Français les plus modestes et les plus âgés, brouillant leur perception des prix et facilitant des arrondis à la hausse par les commerçants. La stabilité monétaire ultérieure doit davantage à la rigueur budgétaire et à la conjoncture internationale favorable qu'au changement symbolique d'unité de compte.
Dévaluation de 12,5 % du franc par le gouvernement Chaban-Delmas après les événements de Mai 68, brisant la parité or de 1960.
Le franc est remplacé par l'euro au taux fixe de 6,55957 francs pour 1 euro, mettant fin à la monnaie nationale.
Ordonnance n° 58-1341 du 27 décembre 1958 relative au nouveau franc
Banque de France, La création du nouveau franc
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675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources