Création des zones à urbaniser en priorité pour répondre à la crise du logement par la construction massive de grands ensembles d'habitations collectives.
Le décret du 31 décembre 1958 institue les zones à urbaniser en priorité (ZUP), instrument juridique permettant aux collectivités publiques de délimiter des périmètres où la construction de logements sera concentrée et accélérée. Ce dispositif répond à l'urgence absolue de la crise du logement qui frappe la France depuis la fin de la guerre : bidonvilles en périphérie des grandes villes, surpeuplement, insalubrité. Entre 1959 et 1969, environ 195 ZUP seront créées sur l'ensemble du territoire, donnant naissance aux grands ensembles qui transformeront radicalement le paysage urbain français. Le dispositif permet l'expropriation simplifiée, la maîtrise foncière publique et la coordination des équipements (voirie, écoles, commerces).
La France de 1958 connaît une crise du logement dramatique, héritée des destructions de la guerre, de l'exode rural et du baby-boom. L'abbé Pierre a lancé son appel en 1954. Des bidonvilles abritent des dizaines de milliers de personnes en région parisienne. La IVe République a lancé les premières opérations HLM mais à un rythme insuffisant.
Reforme
Création des ZUP
décembre 1958
Chainage legislatif
La LOF de 1967 remplace les ZUP par les ZAC (zones d'aménagement concerté), instrument plus souple et mieux intégré.
La circulaire Guichard interdit la construction de nouveaux grands ensembles de plus de 2 000 logements, mettant fin à la politique des grands ensembles.
« Résoudre la crise du logement par un effort massif de construction. »
Source : Priorités du gouvernement Debré, 1959
Écart entre promesse et réalisation
L'objectif quantitatif a été atteint mais la qualité urbaine et architecturale a été largement sacrifiée.
Construction massive de logements : environ 300 000 à 400 000 logements neufs par an dans les années 1960, réduisant drastiquement le déficit de logements
Résorption des bidonvilles et de l'habitat insalubre : les bidonvilles de Nanterre, Champigny et d'autres communes d'Île-de-France sont progressivement résorbés
Accès au confort moderne pour des millions de ménages populaires : eau courante, chauffage central, sanitaires, ascenseur, espaces verts
Création de cités-dortoirs mono-fonctionnelles en périphérie, dépourvues de commerces, services culturels et transports adéquats, engendrant l'isolement social
Qualité architecturale médiocre : construction standardisée et monotone, utilisation de matériaux bon marché (préfabriqué) vieillissant mal et nécessitant des rénovations coûteuses dès les années 1980
Concentration de populations fragiles (immigrés, ménages modestes) dans les mêmes ensembles, créant les conditions de la ségrégation urbaine et des futures « crises des banlieues »
Les grands ensembles construits dans le cadre des ZUP deviendront à partir des années 1980 les quartiers « sensibles » de la politique de la ville, nécessitant des milliards d'euros en réhabilitation (programme Banlieues 89, ANRU)
Émergence d'une culture urbaine spécifique aux « cités » qui marquera profondément la société française (émeutes de 2005, débats sur l'intégration, ségrégation scolaire)
Les ZUP ont répondu à l'urgence absolue de la crise du logement d'après-guerre en permettant de loger dignement des millions de Français qui vivaient dans des bidonvilles, des taudis ou des logements insalubres. En dix ans, la France est passée d'un déficit chronique de logements à un parc immobilier suffisant pour accueillir une population en forte croissance. Les habitants des grands ensembles accédaient pour la première fois au confort moderne — eau courante, chauffage, sanitaires — et à des conditions de vie décentes. Il serait anachronique de juger cette politique à l'aune des problèmes apparus des décennies plus tard.
Les ZUP incarnent la faillite d'un urbanisme technocratique qui a sacrifié la qualité de vie et le lien social sur l'autel de la productivité et de la standardisation. En concentrant les populations les plus fragiles dans des cités-dortoirs sans âme, sans mixité sociale et sans services de proximité, cette politique a fabriqué les ghettos urbains qui alimentent depuis quarante ans les crises sociales, les émeutes et les fractures territoriales. Le coût humain et financier des réhabilitations (programme ANRU : 50 milliards d'euros) dépasse de loin les économies initiales de la construction de masse.
La LOF de 1967 remplace les ZUP par les ZAC (zones d'aménagement concerté), instrument plus souple et mieux intégré.
La circulaire Guichard interdit la construction de nouveaux grands ensembles de plus de 2 000 logements, mettant fin à la politique des grands ensembles.
Cette réforme a été abrogée par : loi-orientation-fonciere-1967
Décret n° 58-1464 du 31 décembre 1958 relatif aux zones à urbaniser en priorité
Annie Fourcaut, Les grands ensembles : une histoire qui continue
Source de verification : Legifrance — Voir le texte officiel
675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources