Accord franco-britannique lançant le développement du Concorde, premier avion de transport supersonique civil, symbole de l'ambition technologique européenne.
Le 29 novembre 1962, la France et le Royaume-Uni signent un accord intergouvernemental pour développer conjointement un avion de transport supersonique (SST) : le Concorde. Le projet associe l'Aérospatiale (ex-Sud Aviation) côté français et la British Aircraft Corporation (BAC) côté britannique, ainsi que Rolls-Royce et la SNECMA pour les moteurs Olympus 593. L'accord, voulu par de Gaulle comme une démonstration de la capacité européenne à rivaliser avec les États-Unis et l'URSS dans le domaine de l'aviation, prévoit un partage égal des coûts et du travail. Le programme mobilise des milliers d'ingénieurs des deux côtés de la Manche. Le prototype 001 effectue son premier vol à Toulouse le 2 mars 1969.
En 1962, les États-Unis et l'URSS développent leurs propres projets supersoniques (le Boeing 2707 et le Tupolev Tu-144). De Gaulle voit dans le Concorde un moyen d'affirmer l'indépendance technologique européenne et de rapprocher la France de la Grande-Bretagne sur un projet industriel commun — quelques semaines avant de lui fermer la porte de la CEE en janvier 1963. Le programme spatial français est encore embryonnaire et l'industrie aéronautique française cherche un projet fédérateur après la Caravelle.
Reforme
Programme Concorde
novembre 1962
Schema recurrent — 7 tentatives
Des reformes similaires ont ete tentees a d'autres epoques
Avancées technologiques majeures en aérodynamique, matériaux composites, motorisation et avionique qui ont irrigué toute l'industrie aéronautique européenne pendant des décennies
Structuration de la coopération aéronautique franco-britannique et création de compétences industrielles qui ont directement préparé le consortium Airbus
Dépassement budgétaire colossal : coût multiplié par 7 à 10 par rapport aux estimations initiales, financé intégralement par les contribuables français et britanniques
Échec commercial : seuls 20 appareils construits, aucune compagnie étrangère acheteuse (annulations d'options d'American Airlines, Pan Am, etc.)
Prise de conscience des limites du modèle de subvention publique massive pour les projets technologiques de prestige, influençant les méthodes de financement d'Airbus
L'expérience de coopération industrielle franco-britannique sur le Concorde a directement engendré le consortium Airbus (fondé en 1970), en démontrant que la coopération aéronautique européenne était viable techniquement malgré les difficultés politiques. Les ingénieurs formés sur le Concorde ont constitué le noyau technique d'Airbus, qui deviendra le premier concurrent mondial de Boeing
Introduction dans le débat public du concept de « sunk cost fallacy » (escalade d'engagement) : le Concorde devient l'exemple de référence mondiale en économie comportementale pour illustrer comment un projet déficitaire est poursuivi parce que les investissements déjà réalisés sont irrécupérables, phénomène rebaptisé « Concorde fallacy » dans la littérature anglo-saxonne
Le Concorde fut une prouesse technologique sans équivalent qui a démontré la capacité européenne à concevoir et produire l'avion le plus avancé au monde. Les retombées technologiques — en aérodynamique, matériaux, systèmes de commande — ont irrigué l'ensemble de l'industrie aéronautique et spatiale européenne. Sans le Concorde, Airbus n'aurait peut-être jamais existé car le programme a forgé les méthodes de coopération industrielle transnationale et les compétences humaines qui ont rendu Airbus possible.
Le Concorde est l'archétype du gouffre financier public motivé par le prestige national plutôt que par la rationalité économique. Le programme a coûté aux contribuables français et britanniques l'équivalent de plus de 20 milliards de dollars actuels pour un avion qui n'a jamais été rentable, n'a transporté qu'une élite fortunée et a concentré des ressources considérables qui auraient pu être investies dans des programmes plus utiles socialement.
Accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume-Uni relatif au développement et à la production en commun d'un avion de transport supersonique, 29 novembre 1962
Kenneth Owen, Concorde: Story of a Supersonic Pioneer, Science Museum, 2001
Jonathan Glancey, Concorde: The Rise and Fall of the Supersonic Airliner, Atlantic Books, 2015
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