Réforme profonde de l'université française instaurant autonomie, participation et pluridisciplinarité après Mai 68.
Adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale le 10 octobre 1968 et promulguée le 12 novembre, la loi d'orientation de l'enseignement supérieur portée par le ministre Edgar Faure constitue la réponse institutionnelle à la crise de Mai 68. Elle supprime les anciennes facultés et les remplace par des universités autonomes dotées de la personnalité juridique et de l'autonomie pédagogique, administrative et financière. Le texte instaure la cogestion avec la participation des étudiants et du personnel non enseignant aux conseils d'université. Il impose la pluridisciplinarité pour briser le cloisonnement des facultés traditionnelles. Les universités sont désormais dirigées par un président élu. La loi crée également les UER (unités d'enseignement et de recherche). Cette réforme, considérée comme la plus importante du gouvernement Couve de Murville, transforme durablement le paysage universitaire français, même si son application se heurtera à de nombreuses résistances. La carte universitaire est profondément redessinée, notamment à Paris où la Sorbonne éclate en treize universités.
Mai 68 a mis en lumière la crise profonde de l'université française : surpeuplement, enseignement magistral rigide, absence de participation étudiante, inadaptation des formations au marché du travail. Les accords de Grenelle n'ont pas traité la question universitaire. De Gaulle confie à Edgar Faure, gaulliste réputé libéral, la mission de réformer en profondeur un système hérité du XIXe siècle.
Reforme
Loi Faure (universités)
novembre 1968
Mouvements sociaux
Reaction de la societe civile a cette reforme
Mai 68
1968-05-03 → 1968-06-30 (58 jours)
Cause
Crise sociale et culturelle generalisee — revendications salariales, democratie universitaire, liberation des moeurs
Plus grande greve generale de l'histoire de France. Partie des universites, etendue a toute l'economie. Accords de Grenelle (+35% SMIG, section syndicale). Dissolution de l'Assemblee, victoire gaulliste aux legislatives.
~ Justification debattue
Debattu. Les revendications salariales etaient reelles (SMIG en retard sur la croissance), mais le mouvement a aussi servi de levier a des revendications politiques et culturelles qui depassaient le cadre du travail. Les accords de Grenelle ont coute l'equivalent de 4 points de PIB et ont contribue a l'inflation des annees 1970. Le PIB/habitant francais, superieur a celui de l'Allemagne avant 1968, a commence a decrocher apres — correlation, pas causalite prouvee.
Source : INSEE — Evolution du SMIG/SMIC, series historiques
Schema recurrent — 19 tentatives
Des reformes similaires ont ete tentees a d'autres epoques
« Réformer la participation des travailleurs dans l'entreprise »
Source : Programme présidentiel 1965 — participation élargie à l'université
Écart entre promesse et réalisation
La promesse visait la participation dans l'entreprise ; elle a été étendue à l'université sous la pression de Mai 68, dans un cadre bien plus ambitieux que prévu initialement.
Création de 70 universités autonomes en remplacement des 23 anciennes facultés, démocratisant l'accès et la gouvernance
Introduction de la représentation étudiante dans les conseils d'université, rompant avec le modèle napoléonien
Éclatement de la Sorbonne en 13 universités parisiennes de taille et de prestige très inégaux, créant une hiérarchie implicite
Autonomie souvent théorique faute de moyens financiers suffisants et de culture managériale dans les universités
Politisation accrue des conseils universitaires, certains tombant sous l'influence de groupes militants, éloignant les objectifs de cogestion apaisée
La loi Faure a sauvé l'université française du naufrage en apportant une réponse institutionnelle lucide à la crise de Mai 68. En instaurant l'autonomie, la participation et la pluridisciplinarité, elle a brisé les rigidités du système napoléonien qui avait conduit à l'explosion. La création de 70 universités autonomes en remplacement des 23 anciennes facultés a permis d'absorber la massification de l'enseignement supérieur tout en instaurant une gouvernance démocratique inédite où étudiants et personnel non enseignant participent aux décisions. Adoptée à l'unanimité, elle fait partie des rares lois de consensus de la Ve République.
La loi Faure a promis une autonomie universitaire qu'elle n'avait pas les moyens de financer, créant un système structurellement sous-doté où les universités sont « autonomes » pour gérer la pénurie. La cogestion avec des étudiants de passage, élus sur des taux de participation dérisoires et souvent captés par des groupes militants, a affaibli le pilotage stratégique des établissements. L'éclatement de la Sorbonne en 13 universités de prestige très inégal a créé une hiérarchie implicite reproduisant les inégalités sociales. Le dualisme universités-grandes écoles, jamais traité par la loi, a été renforcé, les grandes écoles captant les meilleurs étudiants et les meilleurs financements.
La loi Savary de 1984 remplace la loi Faure tout en conservant ses principes fondateurs (autonomie, participation, pluridisciplinarité).
Cette réforme a été abrogée par : loi-savary-enseignement-superieur-1984
Histoire de l'enseignement en France 1800-1967
La longue marche des universités françaises
Source de verification : Legifrance — Voir le texte officiel
675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources