Création d'un ministère dédié à la culture confié à André Malraux, fondant la politique culturelle française de démocratisation de l'accès aux grandes œuvres.
Le décret du 3 février 1959 crée le ministère des Affaires culturelles et le confie à l'écrivain André Malraux, compagnon de la Résistance et figure intellectuelle majeure du gaullisme. Ce ministère, nouveau dans l'histoire administrative française, se voit confier la mission de « rendre accessibles les œuvres capitales de l'humanité, et d'abord de la France, au plus grand nombre possible de Français ; d'assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel et de favoriser la création des œuvres de l'art et de l'esprit qui l'enrichissent ». Malraux regroupe sous son autorité des services jusqu'alors dispersés entre plusieurs ministères : architecture, monuments historiques, arts et lettres, archives, cinéma.
Avant 1959, la France n'a pas de ministère de la Culture. Les Beaux-Arts sont rattachés à l'Éducation nationale. La vie culturelle est concentrée à Paris. De Gaulle, soucieux du rayonnement de la France et ami personnel de Malraux, crée ce poste sur mesure pour l'écrivain. C'est aussi une façon de signifier que la grandeur de la France ne se mesure pas qu'à sa puissance militaire ou économique.
Reforme
Création du ministère de la Culture (Malraux)
février 1959
Schema recurrent — 27 tentatives
Des reformes similaires ont ete tentees a d'autres epoques
Création d'une politique culturelle publique pérenne, le budget du ministère passant de 0,38 % du budget de l'État en 1960 à près de 1 % sous Jack Lang en 1982
Lancement des Maisons de la culture pour décentraliser l'accès aux œuvres : 8 Maisons ouvertes entre 1961 et 1968, préfigurant le réseau des scènes nationales
Ravalement des monuments parisiens (Louvre, Notre-Dame, Opéra) et lancement de l'inventaire général des richesses artistiques de la France, effort patrimonial sans précédent
Budget très insuffisant pour l'ambition affichée : l'objectif de une Maison de la culture par département ne sera jamais atteint, seules 8 sur 95 prévues verront le jour sous Malraux
Conception élitiste de la démocratisation culturelle centrée sur le « choc esthétique » avec les grandes œuvres, négligeant les pratiques culturelles populaires et l'éducation artistique
Création d'un modèle d'intervention culturelle étatique exporté internationalement (« exception culturelle française ») et jamais remis en cause par aucun gouvernement, de droite comme de gauche
La création du ministère des Affaires culturelles en 1959 constitue un acte fondateur de l'exception culturelle française. Malraux a inventé une politique publique nouvelle — la démocratisation culturelle — en donnant à l'État la mission de rendre accessible au plus grand nombre les œuvres majeures de l'humanité. Les Maisons de la culture, le ravalement des monuments, l'inventaire du patrimoine et la loi sur les secteurs sauvegardés ont posé les bases d'une action publique culturelle continue, jamais remise en cause en plus de soixante ans et admirée dans le monde entier comme un modèle d'intervention étatique au service de la création et du patrimoine. [Donnees factuelles : Création d'une politique culturelle publique pérenne, le budget du ministère passant de 0,38 % du budget de l'État en 1960 à près de 1 % sous Jack Lang en 1982 : 0 → 0.38 % du budget de l'État ; Lancement des Maisons de la culture pour décentraliser l'accès aux œuvres : 8 Maisons ouvertes entre 1961 et 1968, préfigurant le réseau des scènes nationales : 0 → 8 Maisons de la culture.]
La politique culturelle de Malraux, malgré sa rhétorique universaliste, a imposé une vision élitiste et parisienne de la culture qui a négligé les pratiques populaires, les cultures régionales et la diversité des expressions artistiques. Le « choc esthétique » entre l'œuvre et le public, credo de Malraux, ignore les barrières sociales analysées par Pierre Bourdieu : sans médiation éducative, l'accès physique aux œuvres ne suffit pas à réduire les inégalités culturelles. Le ministère a instauré un dirigisme culturel étatique qui décide de ce qui est « culture légitime », au détriment de la liberté de création et de la spontanéité des pratiques populaires. [Donnees factuelles : Budget très insuffisant pour l'ambition affichée : l'objectif de une Maison de la culture par département ne sera jamais atteint, seules 8 sur 95 prévues verront le jour sous Malraux : 95 → 8 Maisons prévues vs réalisées.]
Jack Lang double le budget du ministère et élargit la définition de la culture aux pratiques populaires, au rock, à la bande dessinée et aux arts de la rue.
Philippe Urfalino, L'invention de la politique culturelle, Hachette
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675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources