Accélération du programme nucléaire civil français avec la construction des premières centrales industrielles de la filière uranium naturel-graphite-gaz.
Durant le gouvernement Pompidou-3, le programme nucléaire civil français connaît une accélération décisive. Le Commissariat à l'énergie atomique (CEA), créé en 1945, pilote le développement de la filière nationale UNGG (uranium naturel-graphite-gaz), privilégiée pour son indépendance vis-à-vis de l'enrichissement d'uranium américain. Les centrales de Chinon (mise en service progressive de 1963 à 1966), Saint-Laurent-des-Eaux et Bugey sont en construction ou en planification avancée. Le programme combine ambitions civiles et militaires, la filière UNGG permettant la production de plutonium pour les armes nucléaires. EDF et le CEA collaborent étroitement dans le cadre d'un « État entrepreneur » caractéristique du gaullisme. En 1966-1967, le débat émerge cependant sur le choix de la filière : les réacteurs à eau pressurisée (PWR) de technologie américaine Westinghouse, développés sous licence par Framatome, apparaissent plus compétitifs économiquement. Ce débat UNGG vs PWR sera tranché en 1969 en faveur de la filière PWR, mais les bases industrielles et scientifiques sont posées sous Pompidou-3.
La France importe la quasi-totalité de son énergie fossile, vulnérabilité stratégique majeure dans un contexte de guerre froide. L'indépendance énergétique est au cœur de la doctrine gaulliste. Le CEA, créé par de Gaulle en 1945, dispose d'un savoir-faire unique en Europe. La demande d'électricité croît de 7-8% par an dans la France des Trente Glorieuses. Les premières centrales expérimentales (Marcoule, Chinon A1) ont démontré la faisabilité de l'électronucléaire.
Reforme
Programme nucléaire civil
juin 1966
Schema recurrent — 16 tentatives
Des reformes similaires ont ete tentees a d'autres epoques
« Doter la France d'une indépendance énergétique par le développement de l'énergie nucléaire nationale »
Source : Discours de De Gaulle sur l'indépendance nationale, politique constante depuis 1958
Écart entre promesse et réalisation
Le programme avance conformément aux ambitions, mais le débat sur le choix de filière (nationale UNGG vs américaine PWR) illustre les tensions entre souveraineté et efficacité économique.
Constitution d'un savoir-faire nucléaire français unique en Europe, avec une maîtrise complète du cycle du combustible
Développement d'un tissu industriel spécialisé (CEA, EDF, Framatome, Cogema) qui formera la base du futur parc électronucléaire le plus dense au monde
Investissements massifs dans la filière UNGG (Chinon, Saint-Laurent, Bugey) qui sera finalement abandonnée au profit de la filière PWR américaine en 1969, représentant un gaspillage partiel de ressources
Opacité décisionnelle caractéristique du « complexe atomique » gaulliste, excluant le Parlement et l'opinion publique des choix stratégiques
Création de villes nouvelles autour des sites nucléaires (Chinon, Saint-Laurent), modifiant durablement la géographie et la sociologie des territoires d'accueil
Le programme nucléaire gaulliste a posé les fondations de l'indépendance énergétique française, qui sera parachevée dans les années 1980 avec le parc de 58 réacteurs fournissant 75% de l'électricité nationale, réduisant drastiquement la dépendance aux hydrocarbures importés.
Le choix nucléaire a été imposé sans débat démocratique, créant une dépendance technologique de long terme, des risques d'accidents majeurs, et un problème non résolu de gestion des déchets radioactifs pour des millénaires, tout en détournant les investissements des énergies renouvelables émergentes.
Abandon de la filière UNGG nationale au profit de la filière PWR sous licence Westinghouse
Lancement du programme massif de construction de 58 réacteurs PWR après le choc pétrolier
Rapports annuels du CEA, 1966-1967
Le radieux avenir de l'atome, Gabrielle Hecht, MIT Press / Seuil
Vie-publique.fr — Programme nucléaire civil
Source de verification : Legifrance — Voir le texte officiel
675 réformes vérifiéesvia Légifrance, EUR-Lex et sources officielles. Corrélation ≠ causalité. Méthodologie & sources